Emmanuel Macron va-t-il s’exprimer sur la laïcité ? Ce n’est finalement pas pour tout de suite, sauf par petites touches. D’abord parce que tout le monde le lui demande et qu’il n’aime pas –paraît-il- s’exécuter sous la pression. Là, c’est une mauvaise raison parce que le débat et sa majorité ont besoin de clarté.

Emmanuel Macron et la laïcité : une définition toujours floue
Emmanuel Macron et la laïcité : une définition toujours floue © AFP / Ludovic MARIN

Il y a trop de détenteurs de vrais morceaux de la vraie croix laïque qui s’écharpent dans un maelström idéologique hystérique. On mélange radicalisation, communautarisme, structure de l’islam en France, immigration et laïcité. C’est justement ce que refuse le président. Il l’a esquissé hier soir… 

Pourquoi ne le dit-il pas plus clairement ? 

Le pays se fracture à nouveau sur une ancienne faille de 1905. Les Républicains (donc la gauche à l’époque) étaient divisés entre les anticléricaux (Emile Combes et Maurice Allard qui voulait interdire le port de la tenue ecclésiastique en public) et les partisans d’une séparation simple de l’église et de l’Etat, assurant, le droit de croire ou de ne pas croire (Aristide Briand et Ferdinand Buisson). Au milieu des années 1990, un Islam rigoriste et politique est apparu. Il a fallu repenser le rapport de la société avec une religion que le législateur de 1905 n’avait pas en tête. Il ne s’agissait plus de contenir l’influence du catholicisme dominateur mais de contenir l’emprise de la religion d’une population discriminée. 

1989, affaire du voile à Creil, 1ère manifestation de la discorde, loi interdisant le voile à l’école en 2004. Le débat oppose depuis les héritiers de Briand, tenants de tolérance, du souci de ne rejeter ni de ne stigmatiser personne (on n’émancipe par l’interdit) et les héritiers de Combes, pour qui la laïcité est un combat philosophique sans concession contre l’obscurantisme mené via un certain nombre d’interdits. 

Et puis est apparue, depuis l’extrême-droite, une autre conception de la laïcité

La laïcité identitaire… Un oxymore. Le RN exprime sa xénophobie par cette laïcité dévoyée. Ce 3ème acteur pervertit les débats entre les deux acteurs historiques. Chacun s’accusant de faire le jeu de l’extrême-droite ou des islamistes. L’islam politique et radical joue de ces dissensions et aujourd’hui, s’installe une acception du mot "laïcité" commune à l’extrême-droite et aux islamistes : identité, exclusion, rempart contre une invasion fantasmée, bref tout le contraire du projet républicain. 

Qu’est-ce que le macronisme ? Question chronique de cet édito. Aujourd’hui elle se décline avec plus de gravité sur la laïcité. Emmanuel Macron est président de LA République ! Et la laïcité c’est l’âme, l’identité philosophique de la République. Elle évolue forcément avec l’état du monde. Il se trouve qu’Emmanuel Macron a été élu sans que personne ne sache quelle est sa conception de la laïcité. D’ailleurs, sa majorité se déchire sur le sujet. Le débat doit s’articuler, pour ou contre, mais autour d’idées claires énoncées par le chef de l’Etat qui a la rude tâche de trouver un équilibre. Il ne veut pas se précipiter. Soit ! Il craint peut-être aussi que sa conception, plutôt libérale (il paraît qu’il se dit disciple d’Aristide Briand) ne soit pas raccord avec l’ère du temps. Mais si l’apaisement n’est pas sûr, il ne peut venir que du président. Et l’hystérie collective sur cette question prospère dans le flou à la tête de l’Etat.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.