Cette semaine, deux discours très attendus de Nicolas Sarkozy : demain sur les régimes spéciaux et mercredi sur l’avenir de la fonction publique. Le chef de l’Etat veut donner un nouvel élan et a désigné un ennemi public. Imaginez sa photo placardée sur tous les murs de France, dans les commissariats, les gendarmeries : wanted, on recherche, Jean-Claude Trichet ! Cet homme est dangereux. Depuis quelques semaines, au fil de ses déclarations, Nicolas Sarkozy en a fait l’ennemi économique public numéro 1, une sorte de bouc émissaire. « J’ai trouvé curieux d’injecter des liquidités sans baisser les taux, on a fait des facilités pour les spéculateurs, on complique la tâche pour les entreprises », a déclaré le chef de l’Etat à son retour de Hongrie vendredi. Le « on » en question n’est autre que le président de la BCE, la Banque Centrale Européenne, que Nicolas Sarkozy accuse de non-assistance à économie en danger, face à la crise financière qui secoue les marchés. La France accumule les déficits et risque de ne même pas atteindre les 2% de croissance en 2007 ? Ce serait donc la faute à Trichet et à ses taux d’intérêts élevés ! Devant la presse internationale à Budapest, le chef de l’Etat a également mis les gouvernements de l'Union dans le même sac, en affirmant qu'ils étaient tous confrontés au même problème de croissance. Mais alors comment expliquer que le commerce extérieur allemand, lui, se porte bien, avec le même euro, alors que la France est à la traîne? L'Euro groupe ne s'y est pas trompé et a épinglé Paris pour son manque d’ambition en matière de réduction des déficits. La BCE a bon dos. Pourquoi désigner un responsable ? La méthode n'est pas nouvelle. Nicolas Sarkozy, souvenez-vous, confronté il y a deux ans à une poussée de la délinquance en Seine Saint-Denis, avait désigné alors le coupable à ses yeux : le juge, le président du tribunal pour enfants de Bobigny, Jean-Claude Rosenzweig, accusé alors de relâcher trop vite les jeunes délinquants. C’est une façon de détourner l’attention. Son pari repose sur la confiance. Ses premières mesures, notamment fiscales, n’ont pas provoqué l’électrochoc souhaité, il leur faudra du temps pour faire effet. Le chef de l’Etat hérite d’une situation économique très difficile. Mais il a promis aux Français de tout faire et tout de suite. Il doit composer avec les syndicats, il a commencé ses consultations ce week-end. Mais à la vérité Nicolas Sarkozy n'a pas le temps d'attendre. Il veut une machine plus réactive. D’où sa volonté de passer à la vitesse supérieure, afin de trouver cet improbable point de croissance qui se fait tant désirer. Une chronique de Jean-François Achilli.

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