Le sujet du découpage électoral sera abordé au conseil des ministres de ce matin. Le Conseil Constitutionnel réclame depuis plus de 10 ans que l’on adapte la carte électorale aux évolutions démographiques. Le découpage actuel date de 1986, nous étions 56 millions et aujourd’hui nous sommes 64 millions. Un député devrait représenter 125.000 personnes. La réalité est plus complexe parce qu’il parait normal qu’il y ait au moins 2 députés par département pour permettre une diversité politique. Or, en Lozère - exemple toujours cité - il n’y a que 78.000 habitants. Dans le Val d’Oise, la deuxième circonscription, la plus peuplée de France comporte 188.000 habitants. En Lozère on ne peut rien faire ; dans le Val d’Oise, la fameuse circonscription sera logiquement coupée en deux ! La contrainte c’est qu’avec un nombre désormais fixé dans la constitution de 577 députés, il faudra aussi caser 7 ou 8 sièges de députés représentant les Français de l’étranger dont 7 sont déjà pratiquement acquis à l’UMP. Découpage électoral rime aussi souvent avec "charcutage politicien". Bien sûr le risque d’un découpage partial existe. Mais il y a cette fois ci quelques gardes fous intéressants. Si le Président demande à Alain Marleix, le secrétaire d’Etat aux collectivités locales chargé du découpage de choisir des ciseaux pro-UMP, ça se verra parce qu’il existe maintenant des logiciels qui permettront d’établir très exactement ce que serait l’assemblée nationale avec le nouveau découpage. Alors évidemment, on connaît Nicolas Sarkozy, il n’est pas du style à se priver de confiture sous prétexte qu’on l’a surpris la main dans le pot jusqu’au coude, mais enfin tout se saura : le projet de loi prévoit une commission de contrôle composée de 6 membres dont 3 nommés par le Président de la République et les deux Présidents des deux chambres, et 3 par les Présidents des Cours des comptes, de Cassation et d’Etat. Cette commission devra valider la nouvelle carte. Mais Alain Marleix est un fidèle de Nicolas Sarkozy - ce qui risque d'augmenter la suspicion. Il est plutôt apprécié par les parlementaires mais c’est vrai que sa vie politique est dédiée à la réussite de Nicolas Sarkozy. Ce qui est rassurant, c’est que la charcuterie électorale est une discipline dans laquelle il n’y a que des apprentis et que souvent, quand ils ont compris le métier, le pâté est déjà fait et en général raté. Par exemple, Charles Pasqua, garçon boucher de la chiraquie en 86 n’avait pas anticipé la boboïsation de Paris. Il avait multiplié les circonscriptions dans le centre bourgeois de la capitale mais dans le Marais, on s’est mis a voter à gauche ! Maintenant Alain Marleix considère qu’il y a 2 ou 3 députés de trop à Paris, notamment dans le centre ! Le risque de cet exercice n’est pas celui que l’on imagine d’habitude, c'est-à-dire de fabriquer des circonscriptions sur mesure avec des formes géométriques bizarroïdes. La réalité est plus simple : il suffit de prendre le rapport de force gauche-droite actuel à l’assemblée. Il est de 260 à gauche et 330 à droite et de le conforter. Le jeu pour un découpage orienté serait de solidifier –là où le remodelage est nécessaire- la position de chaque député par l’ajout, ici d’un canton de gauche à une circonscription de gauche, là un canton de droite à une circonscription de droite. Des parlementaires voisins géographiquement mais opposés politiquement ont d’ailleurs été contactés et se sont vus proposer un échange de cantons. Avec cette façon de faire, on contente tous les sortants, gauche comprise, et on limite donc la contestation en même temps que la possibilité de l’alternance. Un élu de gauche ne râlera pas s’il se sent en sécurité même si globalement, la droite est artificiellement renforcée ! En fait, on conforte des bastions et les baronnies. Pour bien comprendre la psychologie d’un député dans notre système, il faut citer cette phrase absolument désespérante de Valéry Giscard d’Estaing dans « Réflexion sur le destin d’un peuple », il dit : « pour un député, le ressort unique de sa vie politique, c’est sa propre réélection. Aucune considération morale ne peut faire obstacle à cette aspiration ».

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