**Le PS critique le Président en affirmant que le rapport Stiglitz est en contradiction avec la politique menée en France.Oui, le PS peut toucher juste sur un point important. La philosophie générale qui a présidé aux travaux de Joseph Stiglitz peut-être à l'opposé de la musique politique du Sarkozysme de la campagne électorale et de certaines mesures économiques et sociales prises par le gouvernement. Les baisses d'effectifs dans l'éducation, la réduction du périmètre des services publics ou un certain recul de l'accès aux soins et plus généralement le grand bain idéologique de la « France qui se lève tôt et du travailler plus pour gagner plus ». L'attaque est logique mais elle est courte. Parce que c'est Nicolas Sarkozy qui a commandé ce rapport. Il l'a commandé avant la crise, donc avant sa conversion magique aux vertus d'un modèle social français, vous savez… qu'il faut renforcer plutôt qu'adapter à une vision du monde dépassée depuis l'automne dernier. Ce n’est pas encore le « un autre monde est possible » altermondialiste mais le Président a commandé ce rapport pour pouvoir porter à l'étranger une autre vision, une autre grille de lecture de la richesse ou du bien-être des nations. Donc tout en s'opposant logiquement à Nicolas Sarkozy sur les questions de politique intérieure, le PS pourrait, en même temps, le soutenir dans sa volonté de convertir le reste de la planète à la réforme du capitalisme mondial. Il pourrait applaudir Nicolas Sarkozy et ses panoplies pimpantes de Monsieur Plus de régulation et Monsieur Propre anti paradis fiscaux…Comme toujours en politique, la question n’est pas celle de la sincérité mais celle du discours, du message et des actes et on a toujours intérêt à prendre les responsables politiques à leurs mots. Mais un parti d'opposition ne peut pas, sur un même sujet, s'opposer au Président à l’intérieur et l'encourager à l’extérieur !Ca demanderait une souplesse de contorsionniste, mais ce serait beaucoup plus cohérent qu'une opposition générale et frontale. On peut imaginer aisément qu'un président socialiste ne mènerait pas la même politique que Nicolas Sarkozy sur le plan intérieur mais il tiendrait, en revanche, au G20 exactement le même discours sur la nécessité de réformer le capitalisme mondial et de réguler les marchés financiers. D'ailleurs, Dominique Strauss-Kahn ne dit pas autre chose. Et c'est tout à fait naturel puisque c'est une vision française, voire européenne-continentale et du Nord, plutôt d'inspiration sociale démocrate. Les oppositions qu'il peut y avoir sur le périmètre du service public en France entre la gauche et la droite sont regardées d'Amérique ou d'Asie comme étant des débats entre socialistes ! Autrement dit, tout socialiste qui se respecte peut se sentir représenté par Nicolas Sarkozy quand il défend sa vision du capitalisme devant les leaders du monde. La droite française, affreusement capitaliste aux yeux des socialistes français n'est, en réalité, pas libérale du tout. Parfois, dans ses discours de campagne, pendant ces trente dernières années, au plus fort de la mode Thatcher-Reagan, les leaders UDF ou RPR avaient des accents libéraux et dérégulateurs. Nicolas Sarkozy, lui-même, a tâté de ce discours pendant sa campagne avec un tropisme américain affiché. Mais une fois au pouvoir, la droite française retrouve toujours le bonheur de gouverner avec un Etat fort et centralisé. Ses penchants bonapartistes et colbertistes reprennent le dessus et elle n'est plus libérale pour un sous, pas beaucoup plus en tout cas que les gouvernements socialistes qui se sont succédés depuis le tournant de la rigueur de fin 82. Alors on peut toujours sourire ou douter en constatant le virage quasi-chavezien du président mais au regard des conclusions du rapport Stiglitz et devant un Nicolas Sarkozy qui prône, quelques années après l’avoir fustigé, l’instauration de la taxe Tobin, on ne comprend pas pourquoi le PS n'est pas simplement capable de dire, « Bonne idée » et surtout, plus malin : «Chiche !».**

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