Vous revenez ce matin sur la conférence environnementale, qui a réjoui les écologistes. Est-ce que leur enthousiasme est justifié ?

Plutôt, oui…Les responsables écologistes en tout cas, ont eu des mots de satisfaction appuyés après les discours du Président et du Premier ministre ; il faut dire que les engagements chiffrés et datés sont plus importants qu’ils l’imaginaient avant la conférence. La clarté de l’opposition quasi définitive aux gaz de schiste a dû faire siffler les oreilles d’Arnaud Montebourg, qui, ici même, la semaine dernière laissait encore une porte ouverte. Les propos concernant la fiscalité verte ont dû faire s’étrangler Jérôme Cahuzac, qui était venu à cette conférence en trainant les pieds. La fermeture programmée et datée de Fessenheim a dû doucher ceux qui espéraient, au PS, (et ils étaient nombreux) que l’engagement du Président sur la réduction de la part du nucléaire était une promesse de long terme, volontairement vague. Le fait de considérer maintenant que la future Banque Publique d’Investissement, fer de lance du dit « redressement productif » devienne, dans la bouche du Premier ministre la « banque de la transition écologique », reprenant la terminologie exacte voulue par les écologistes, est aussi un signe fort. Il y a seulement une semaine, on n’aurait jamais entendu Pierre Moscovici parler de sa futur BPI en ces termes ! Le plan massif d’isolation des bâtiments est, là aussi, chiffré et daté, il a donc valeur d’engagement. L’ensemble de ces orientations, fortement exprimées, dessinent une nouvelle politique de l’environnement, beaucoup plus ambitieuse que ce que l’on pouvait attendre, d’un François Hollande, qui au départ, ne faisait pas partie de ces socialistes réputés sensibles à l’écologie.

Qu’est-ce qui est à l’origine de cette inflexion ?

Il fallait bien qu’il y ait un jour un dossier sur lequel, on puisse dire que François Hollande a de l’audace, s’engage, ne subit pas une réalité qui lui serait imposée. Il lui fallait trouver enfin un champ ou exercer son volontarisme, un domaine sur lequel, clairement on puisse dire, dans 5 ans : « la France a changé grâce à l’action de François Hollande ! » L’environnement peut être ce champ-là… mais ça c’est une raison tactique dont on peut espérer qu’elle est secondaire. La principale raison, -outre, sans doute une prise de conscience, fruit d’une longue et lente évolution intellectuelle- c’est que la transition écologique offre enfin un but positif, un cap clair, peut faire office de nouvelle frontière. C’est un objectif qui nécessite des investissements et des dépenses mais qui peut aussi justifier beaucoup d’économies. On peut imaginer (ce n’est pas encore le cas, mais la logique déjà est là) que, quelques grands projets d’infrastructures, controversés, et très chers soient abandonnés dans les années qui viennent. On ferait alors des économies avec une bonne raison écologique. Le financement de la protection sociale avec un apport de la fiscalité sur le gasoil, par exemple passerait mieux si c’est étiqueté « taxe carbone »! Bref, la société de (comme le dit le Premier ministre) « sobriété que nous voulons promouvoir » s’accorde plutôt bien avec la rigueur que nous nous apprêtons à subir. Il fut un temps où l’on parlait de « croissance verte », tout se passe aujourd’hui comme si le Président, pour donner du sens à la rigueur, avait trouvé la couleur avec laquelle il allait la repeindre. Voici la jolie « rigueur verte ».

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