Vous revenez sur un aspect de l’intervention de François Hollande sur TF1, dimanche soir…

Oui, parce que cette émission pose un problème. La forme même de l’émission est en question. Et ce n’est pas une affaire corporatiste, de revendication journalistique, c’est une affaire de transparence et d’honnêteté. L’information est un combat contre la communication et dimanche, tout était fait pour que la communication l’emporte sur l’information. François Hollande a pu prendre des libertés avec certains chiffres et la réalité de certaines hausses d’impôts. Toute la presse et nous-mêmes sur cette antenne avons détaillé dans la journée d’hier ce tripatouillage qui n’aurait certainement pas été possible, à ce point, si l’émission avait eu lieu, non pas à l’Elysée mais dans le cadre normal d’un journal, sur le plateau de la chaîne invitante, avec –par exemple- un journaliste un peu spécialiste de la fiscalité, de l’autre côté de l’oreillette de l’intervieweuse. François Hollande a voulu nous faire croire que l’augmentation de la TVA à 20% était en fait une baisse puisque Nicolas Sarkozy avait prévu de l’augmenter encore plus, à 21,2%. Mais Sarkozy n’a pas été réélu et la TVA –même si le décret était prêt- n’a jamais été à 21,2 % ! Pareil pour la CSG pour financer les retraites. François Hollande croit savoir qu’une autre majorité l’aurait plus augmentée que lui, donc on s’en sort bien ! Le Président choisit la chaîne, le jour et le lieu de l’interview. La question sur la TVA lui a été posée mais aucune relance n’a été faite parce que les conditions de cette émission, sous les lambris dorés de l’Elysée, dans ce décor, sous cette pompe officielle, avec un seul interviewer… ne s’y prêtaient pas !

Le candidat Hollande avait promis qu’il ne ferait pas d’interviews en direct de l’Elysée…

Oui, il l’avait promis ici même, au micro de France Inter d’ailleurs. C’était pendant la campagne, juste avant l’élection. Ces interviews en majesté qui font rire tous nos amis journalistes européens, ça devait être fini. François Hollande, finalement, s’y perte et c’est une promesse (mineure sans doute) mais c’est une promesse non tenue. On a assez dénoncé Nicolas Sarkozy, qui savait très bien organiser et même coproduire ces monologues sécurisés, pour ne pas souligner quand François Hollande, qui jusqu’ici jouait plutôt le jeu de l’information ouverte, semble vouloir endosser à son tour, cet habit désuet de monarque républicain. Le plus étonnant c’est que quelqu’un à l’Elysée pense encore que ce type de communication peut avoir une quelconque efficacité ! Les Français voient bien que les impôts augmentent. Le mieux serait de concentrer le discours sur les raisons de cette augmentation, (peut-être tout à fait valable d’ailleurs). Tenter de faire croire le contraire en évitant de se mettre en situation d’être vraiment interrogé, c’est de la communication aussi anachronique que de vouloir répondre à un mail par un télégramme. Je vais faire comme Philippe Lefébure, je vais vous raconter mes déjeuners ; il se trouve qu’il y a une dizaine de jours, le Président recevait quelques journalistes. Il nous a fait ce développement sur la TVA : « je ne l’augmente pas puisque je la baisse par rapport à ce qu’aurait fait Nicolas Sarkozy »…. Toute la table a rigolé. Sur le coup, j’ai cru que c’était l’un de ses traits d’humour ! Eh bien non, il l’a osé à la télé ! Vous connaissez ma chute sur ce genre de sujets, ce qu’il faut bien sûr, c’est que le Président aille dans les émissions qui existent déjà, ou alors qu’il fasse des… conférences de presse !

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