Oui, remarquons d’abord que Manuel Valls s’inscrit dans le débat des années qui viennent (l’après François Hollande peut-être) en posant la question : quelle France voulons-nous ? Et il nomme celui avec lequel il veut mener ce débat : « un ancien président » dit-il, donc, ce n’est pas Giscard… Nicolas Sarkozy bien sur. Le discours d’hier, après ceux du Medef et de La Rochelle, nous permet de qualifier le Vallsisme de « gauche post-socialiste ». Ces derniers temps, on avait cru déceler chez lui du « blairisme », quand il évoquait le marché et la mondialisation, non pas comme des menaces mais plutôt comme des opportunités. Hier Manuel Valls n’a pas –me semble-t-il- prononcé le mot « socialiste ». Est-ce, pour autant le signe d’un virage à droite que tout le monde relève ? Pas forcément : les intentions affirmées, le but de son action enfin détaillé, puisent clairement dans les traditions de la gauche Française. De la gauche Républicaine. Il a parlé de l’égalité comme la valeur cardinale (dans la concurrence « liberté/égalité » c’est marqueur clair). Mais il s’agissait, je cite d’ « égalité des possibles », «d’égalité des chances » et pas explicitement d’égalité sociale (distance avec le socialisme).

Il dit quand même vouloir préserver notre modèle social en refusant l’austérité .

Oui, et puis il invoque la République laïque qui lutte contre le racisme, qui contrôle l’immigration mais qui considère (encore un marqueur de gauche) que « l’immigration est une chance pour la France ». Et en guise de modernisation du concept de laïcité, il cite la lutte contre l’homophobie (Clemenceau n’y avait pas pensé !). L’Etat, en suite : Manuel Valls parle de la « main visible de l’Etat » en contre point de la « main invisible du marché» des tenants du libéralisme. C’est là que le « vallsisme » en élaboration prend ses distances avec le blairisme. Manuel Valls contrairement à Blair ou à Schroeder, ne veut pas moins d’Etat mais (c’est une pirouette un peu usée mais quand même explicite) il veut « mieux d’Etat ». Ces petites touches placent Valls dans le sillage de la gauche non socialiste, de la tradition du radicalisme des pairs de la République … Pour l’instant, convenons que tout ça est bien théorique, et que le « vallsisme conceptuel » devra se coltiner la réalité quotidienne d’un pays en crise. Et puis, le Vallsisme n’est pas tout à fait ce que l’on nous a vendu pendant la campagne de François Hollande ! C’est une théorie appliquée avant d’être choisie ! C’est un des charmes de nos institutions que de permettre ce genre de bizarrerie démocratique. Remarquons enfin qu’en toute logique politique et arithmétique ce sont les députés du PRG, du parti Radical de Gauche, qui apportent à Manuel Valls la poignée de « oui » et lui offrent la majorité. Mais, -grandeur et décadence du radicalisme- je crains que ce ne soit pas les accents clémenciste ou mendésiste de Valls qui ont convaincu les radicaux de gauche mais plutôt, désolé de vous ramener sur terre si brutalement, la promesse du maintien des Conseils départementaux dans les zones rurales qui sont leurs terres d’élection…

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.