Vous revenez sur le débat d’hier à l’Assemblée à propos des réfugiés. Un débat identitaire, dites-vous.

Oui, identitaire à plus d’un titre. Il s’agit de l’identité politique de la droite et de la gauche d’abord. Pour l’immigration, le clivage droite/gauche (dans le discours) a encore du sens. La gauche est peu ou prou unie, et la droite est sur une même tonalité… Mais, plus fondamental, les discours des responsables de la majorité et de l’opposition dessinent aussi une vision de l’identité française (ou plutôt de L’identité de la France pour reprendre la formule de Fernand Braudel). La principale crainte que les responsables de la droite relaient, celle de leurs électeurs, c’est la peur d’une fragilisation de l’identité de notre pays par un effet de submersion de migrants venus d’autres mondes que le monde occidental et chrétien. Ça va du fantasme « du grand remplacement » de l’aile la plus radicale du FN à la peur de voir se dissoudre le mode de vie de la France traditionnelle, blanche, catholique. Le fait que deux maires Les Républicains de grandes villes n’acceptent de recevoir des réfugiés que chrétiens est la marque de cette crainte. Pour la droite (le cœur des sympathisants plus que l’élite des responsables), l’identité ethnique, culturelle et même religieuse, est un aspect important de l’identité de la France. Dans son discours d’hier, M.Valls, lui, parlait de la nécessité d’accueillir les réfugiés, en vertu de notre identité, justement…en vertu de ce qu’est la France. Un pays d’accueil. Pour la gauche, l’identité de la France tient plus à son système de valeurs hérité de la Révolution et des droits de l’homme que de l’origine de ses habitants.

Pourtant, dans le discours de M.Valls, il y avait aussi de la fermeté.

Oui, il a même évoqué la possibilité de rétablir, ponctuellement, les contrôles aux frontières. Mais une même action peut être justifiée par des discours différents, sans forcément qu’ils soient insincères. L’accueil, comme principe et comme discours de la gauche, n’implique pas forcément le désordre et l’ouverture totale. Tout comme le discours de fermeté et de fermeture de la droite ne veut pas dire l’insensibilité à la misère humaine et l’absence de compassion. D’ailleurs, les politiques menées par la droite et par la gauche sont, depuis les années 80, à peu près les mêmes en matière d’immigration: le même nombre de reconduites à la frontière, que ce soit N.Sarkozy ou F.Hollande à l’Elysée, L.Jospin ou F.Fillon à Matignon. Ce n’est ni étonnant ni scandaleux. Ce qui l’est plus, c’est d’alimenter le théâtre d’ombres en caricaturant l’autre camp, ou en se caricaturant soi-même par excès de bons sentiments affichés ou par des coups de menton

d’autorité virile hors de proportion. Ces discours différents (extrême-droite à part), s’ils ne sont pas trop éloignés des actes (et le discours de M.Valls était dans cet équilibre-là, hier), ont leur cohérence, ils ne répondent pas aux mêmes angoisses, aux mêmes aspirations… Ils parlent de ce que nous sommes ou de ce que nous aspirons à être, et donc de notre identité.

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