Les sénateurs LREM décident de boycotter l’audition d’Alexandre Banalla, prévue mercredi.

Ils se trompent de combat et réagissent en gardiens d’une pratique archaïque de la Vème République. Ils estiment que cette audition constitue une double atteinte au principe de la séparation des pouvoirs. Le Sénat empiéterait sur la justice, puisqu’Alexandre Benala est sous le coup d’une enquête judiciaire. L’argument se discute... les sénateurs ne désigneront pas de coupable, ils veulent savoir comment ce rouage de l’exécutif a dysfonctionné. Et l’un des rôles du parlement c’est le contrôle de l’exécutif. D’où le 2nd reproche : L’article 24 de la constitution, dit ceci : «Le Parlement contrôle l'action du Gouvernement ». C’est précis : Il n’est pas écrit «de l’exécutif» mais du «gouvernement». Or l’Elyséen c’est exécutif, ce n’est pas le gouvernement.

Donc le Sénat ne peut auditionner personnes de l’Elysée ?

Dans une interprétation jupitérienne du texte, non... Interprétation qui, il est vrai, a toujours prévalue, par exemple quand les députés ont voulu enquêter sur l’affaire des sondages de l’Elysée sous Nicolas Sarkozy. Mais en réalité, selon une interprétation plus moderne, de celle qu’on attendait d’une majorité élue pour moderniser la vie politique, (et de celle que veulent imposer les sénateurs de l’opposition, eux, non sans arrières pensées politiques), seul le président devrait être exclu de l’enquête de la commission. Le président, élu directement par les français ne peut pas être mis en cause par des parlementaires... Il n’est responsable que devant le peuple. Personne ne le nie ! Le président, mais pourquoi pas ses équipes et surtout les personnes chargées de sa protection ? La sécurité du chef de l’Etat dépend de la police et de la gendarmerie, donc des ministres de l’intérieur et de la défense, donc du gouvernement. Quand le Général de Gaulle, en rédigeant sa constitution, avait décidé de préciser que le parlement contrôlait le gouvernement, et donc pas la présidence, il entendait se laisser une marge de manœuvre qui n’a plus lieu d’être et qui est même démocratiquement anachronique. C’est par exemple cette marge de manœuvre, cette zone d’ombre, et disons-le, de non droit, qui a permis à de Gaulle, dans un contexte de guerre d’Algérie et de menace de guerre civile en France, de créer une police parallèle, le SAC. Paul Comiti, le Benalla de de Gaulle, a été à l’origine (avec le SAC) d’actions autrement plus violentes et délictueuses que le coup de sang d’Alexandre Benalla... Personne n’a jamais été en mesure de lui demander des comptes, protégé qu’il était par la forteresse Elyséenne. Autres temps, autres mœurs et même si l’affaire Benalla n’est rien par rapport aux affaires du SAC, Emmanuel Macron aurait certainement beaucoup plus modernisé notre vie politique (plus même que via la réforme des institutions qu’il souhaite) en acceptant que le parlement interroge qui bon lui semble –à par lui- à l’Elysée. En 2018 rien ne justifie plus que le fonctionnement de l’Elysée, surtout quand il sort de son cadre, ne soit pas soumis, à un contrôle, parlementaire encadré et limité.

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