Les relations entre justice et politique se détériorent. Du fait de la défense choisie par de nombreux élus mis en cause. Le plus souvent, ils optent pour une stratégie dite de ‘rupture’ qui abîme la démocratie.

Un avocat peut proposer à son client plusieurs types de défenses. 

Pour les politiques, la plus fréquente, la stratégie de rupture, consiste à présenter son client comme victime du système. Il s’agit de dénoncer la dégénérescence d’institutions, de corporations qui voudraient détruire le client, justement, en rupture avec les puissances politiques, économiques ou médiatiques. Il s’agit donc d’éviter les arguments ayant trait à l’affaire elle-même pour détourner la bataille du terrain judiciaire vers le terrain politique. 

Il y a deux voies possibles pour mettre en œuvre la stratégie de rupture. L’une ou l’autre… parfois les deux ensemble, même si elles sont contradictoires. La première voie consiste à dire que les juges ne sont pas tenus. Le petit juge politisé, jaloux, aigri, chevalier blanc qui rêve d’un tableau de chasse avec ministre. Il serait en cheville avec une presse, en quête de sensationnel. C’est la défense parfois adoptée par les ministres mis en cause… Ce tableau ne repose pas sur rien, bien sûr, mais il est bien loin du système généralisé décrit. 

Quel est l’autre axe de la défense de rupture ?

La dénonciation de la servilité d’une justice aux ordres du pouvoir qui ordonnerait, par exemple, la façon et les moyens policiers pour effectuer une perquisition. Mais les instructions individuelles sont illégales depuis la loi de 2013…Le procureur n’informe même plus le ministre d’un acte à venir. Ça n’empêche pas les avocats de François Fillon de s’étonner que le procès soit fixé quelques jours avant les municipales, ‘comme par hasard !’ Pourtant François Fillon est bien placé pour savoir que les politiques ne décident plus de cela ! 

D’ailleurs, si le procès avait été fixé après le scrutin, ils auraient dit que c’était pour que son bruit médiatique couvre l’échec annoncé de LREM aux municipales. Les avocats de l’ancien Premier ministre s’étonnaient de la célérité des juges du nouveau Parquet National Financier. 

Qu’aurait-on dit si ce parquet avait trainé, alors qu’il a été créé, justement, pour en finir avec les lenteurs de la justice dans le domaine financier et politique. En fait tous les arguments sont réversibles selon la stratégie des avocats. Ne parlons pas du grand délinquant Balkany, sujet à part. Quant à Jean-Luc Mélenchon, en parlant de "justice politique" il choisit un axe de rupture totale, en cohérence, il est vrai, avec la politique qu’il prône. La stratégie de rupture est logique pour un avocat qui se concentre sur l’intérêt de son client. C’est son métier. 

Nicolas Sarkozy-Bismuth, par exemple ne choisit que des avocats férus de la stratégie de rupture. Mais cette stratégie qui admet l’outrance, le mensonge, la dissimulation puisqu’elle ne vise que l’efficacité, devient, sur le plan politique, une irresponsabilité totale. On peut concevoir qu’il soit compliqué pour un élu mis en cause de ne pas choisir la méthode de défense qui lui parait la plus efficace.  Mais le prix d’une telle défense doit-il être d’abîmer le débat politique, de renforcer encore le complotisme ambiant et la défiance généralisée ? 

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