Du Président au candidat, les métamorphoses d'Emmanuel Macron et ses conséquences : la parole simplifiée, voire simpliste.

Emmanuel Macron, président de la République
Emmanuel Macron, président de la République © Getty / Gyori Antoine/Corbis

Est-ce un avant-goût de la prochaine présidentielle, l’accélération de sa stratégie d’OPA sur la droite ? Depuis la rentrée, le Président gomme les nuances, "gaulois réfractaire" à la subtilité. Le père de la nation s’efface au profit du candidat. Dans son entourage, plus personne ne doute qu’il repartira en campagne. Et en attendant son tour, il exhorte ses ministres à mouiller la chemise aux régionales. 

L’exemple le plus flagrant de ce changement de ton, c’est le débat sur la 5G, et sa sortie sur les écolos « Amish » adeptes de la « lampe à huile ». Ou comment ruiner en quelques secondes ce qu’il avait mis des mois à reconstruire après la crise des gilets jaunes. Souvenez-vous : le grand débat, les doléances, ce besoin exprimé de participer à la décision, via la convention sur le climat... Et que fait le Président ? Il renvoie dans leurs cordes les 150 citoyens qui avaient voté pour un moratoire ! Etrange conception du débat, si le fait même de questionner un progrès technique fait de vous un « Amish »... On a connu Emmanuel Macron plus ouvert ! 

Constat qui vaut aussi pour sa nouvelle approche des questions régaliennes. Discours au Panthéon le 4 septembre. Avis aux déboulonneurs de statues, « La République », il faut l’aimer d’un « bloc », « on ne choisit jamais une part de France, on choisit la France »... Sinon quoi, on la quitte ? Et questionner son histoire, on n’a plus le droit ? Où est passé ce candidat qui parlait en Algérie de la colonisation comme d’un crime contre l’humanité ?

Est-ce que le Président ne répond pas tout simplement à une attente de l’opinion ?

Dans la dernière livraison de « Fractures françaises », sondage Ipsos / Cevipof qui mesure, à grande échelle, l’opinion sur le temps long, transparaît effectivement ce besoin d’ordre, d’autorité et de protection. Qui incite en retour le politique à simplifier les enjeux. Exercice dans lequel excelle Gérald Darmanin, à l’Intérieur. Le président l’a missionné pour ça. La drogue, dit-il, « C’est de la merde, et on ne va pas légaliser cette merde. » Soit. Mais sur le cannabis thérapeutique, engagement du Président, pourquoi le lancement de l’expérimentation traîne-t-il autant ? Par peur de donner des munitions à l’adversaire ? 

Encore un autre sujet, complexe, quand 76 élus, marcheurs compris, en appellent, le week-end dernier, au rapatriement des enfants détenus en Syrie, sans susciter la moindre réaction, ni à Beauvau, ni au Quai d’Orsay… C’est que le sujet dérange. Tout le monde sait qu’il va bien falloir régler la question, mais, en plein procès Charlie, mieux vaut faire l’autruche que subir la démagogie de l’adversaire et gâcher la séquence « séparatisme ». 

Où sont donc passées les 50 ans nuances de Macron ? Pas à Matignon, en tout cas, où Jean Castex vient de recruter l'écrivain Camille Pascal, l’ex-plume conservatrice de Nicolas Sarkozy. Tout ça n’éclaircit pas, en cette rentrée, la palette du macronnisme. 

« Mon travail est une grande conversation avec ceux qui pensent autrement que moi », a dit un jour le grand philosophe Paul Ricoeur, dont Emmanuel Macron fut l’assistant. C’était il y a longtemps. Dans une autre vie. Avant la politique.

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