**Les annonces du gouvernement sur l’immigration et le social démontrent que le Président est déjà candidat.Ce sont les deux jambes sur lesquelles Nicolas Sarkozy va courir pendant ces douze prochains mois, et il va falloir s’habituer à lire sa stratégie avec des lunettes 3D. De quoi s’agit-il ? Si vous remontez quinze jours en arrière, nous avons tous titré sur ce débat controversé sur la laïcité, faux-nez d’un autre sujet : la place de l’Islam. Au moment où une partie de l’opinion a crié à la stigmatisation, le ministre de l’Intérieur Claude Guéant a méthodiquement soufflé sur les braises, en s’en prenant cette fois à l’immigration légale. En jugeant nécessaire qu’il fallait la restreindre. Il ne s'agit pas d'une suite de gaffes. Le message est destiné aux couches populaires, voire aux classes moyennes, durement frappées par le chômage, par la crise : il n’y a plus assez de travail pour tout le monde, il faut donc fermer le robinet de la main d’œuvre étrangère. La recette est ancienne, millénaire, le fautif, ce serait donc l’autre, l’étranger. En langue FN, cela s’appelle la "préférence nationale". Dans un même temps, le chef de l’Etat, lui, retourne sur le terrain social. Il se rendra demain à Charleville- Mézières - lieu symbolique du meeting sur "la France qui souffre" du 18 décembre 2006 - avec en poche sa proposition de prime de 1000 euros pour les salariés des usines qui distribuent des dividendes, très critiquée par Laurence Parisot, la patronne des patrons. Nicolas Sarkozy, qui va rejouer son ancien tube, "j’aime les usines", veut montrer qu’il s’occupe des ouvriers, de l’emploi pour les Français, face à des patrons qui ne penseraient qu’à faire du profit, avec une main-d’œuvre bon marché, pour engraisser les actionnaires. Tout cela a un parfum de déjà vu, mais ça a marché à la présidentielle de 2007. Cette stratégie sur les deux jambes -immigration et social- va-t-elle se poursuivre ?Pendant que le Président va creuser le sillon social, son ministre de l’Intérieur va poursuivre sur le même tempo. C’est pourquoi il vient de chiffrer son projet de réduction du nombre de travailleurs immigrés, il y a en aura vingt mille en moins. Ce qui ne veut pas dire grand-chose, personne ne connait les vrais chiffres de l’immigration en France, mais l’important, c’est l’effet d’annonce. Oublié, le scénario du chef de l'Etat qui prend de la hauteur avec le G20, pendant que son Premier ministre met les mains dans le cambouis. François Fillon ne veut pas assumer la barre à droite voulue par Nicolas Sarkozy. Vous avez donc, in fine, un président qui veut rattraper le temps perdu, imputé à la crise, les promesses non tenues. Et c'est son homme de confiance, le ministre de l'Intérieur, qui prend tous les coups, en durcissant le ton pour rassurer les électeurs tentés par le Front National. Tout cela est pensé. Personne n’est dupe. Mais le président déjà candidat, qui est à la peine dans les sondages, parie sur une gauche et des écologistes divisés, aucune concurrence à droite, et un FN musclé. Une réédition de 2002 n’est pas exclue. Pendant que ses adversaires se bagarrent pour savoir qui l’affrontera l’an prochain, à l’exception de Marine Le Pen déjà en piste, Nicolas Sarkozy a entamé sa course, sur ses deux jambes. Un coup à droite, un coup à gauche...**

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