Par Marc Fauvelle.

La France se regarde dans le rétroviseur...

C'est une tradition bien française. Quand tout va mal, on préfère regarder derrière nous, plutôt que la route qui nous attend. Et ces derniers jours, on assiste à un drôle de concours... C'est à qui, dans ses vieux livres d'Histoire, trouvera la bonne période, celle qui pourrait nous expliquer ce que nous vivons aujourd'hui, et qui nous sommes. Prenez Henri Guaino, dressant devant l'Assemblée un parallèle entre l'affaire Dreyfus et la mise en examen de Nicolas Sarkozy, ou encore Jean-Pierre Raffarin, hier matin, paraphrasant le général de Gaulle, pour évoquer la chienlit qui menace le pays.

Désormais les anti-mariage pour tous rêvent d'un mai 68 de droite, et la presse, elle aussi, y va de son couplet. Quand Le Nouvel Obs s'interroge à la Une, « les années 30 sont-elles de retour ? », Le Point lui répond à distance et nous ramène carrément à la révolution française, avec un François Hollande en Louis XVI, et un Jean-Luc Mélenchon version bonnet phrygien. Je vous passe les comparaisons entre les amis de Frigide Barjot et les manifestations pour l’école libre en 1984, ou même les critiques contre le bonapartisme de François Hollande, soupçonné de jouer les élites contre le peuple…

Encore un effort, et on nous expliquera que le déclin français remonte finalement à Vercingétorix qui n’aurait jamais dû rendre les armes à Alésia.

La France est aujourd’hui comme prise d'une crise de nostalgie collective, elle ne voit plus où elle va, alors elle refait le match à l’infini. A force d'annoncer tous les trois printemps un nouveau mai 68, elle ne voit plus qu'elle a changé, vieilli, et plutôt que de chercher des solutions, elle vit dans ses propres mythes : les barricades, la Bastille, l'insurrection populaire.

On attend de la rue finalement, ce que nos politiques ne semblent plus en mesure de faire : réformer, sans braquer le pays, changer la vie comme aurait dit Mitterrand, ou au moins tenter de l'améliorer un peu.

Et pourtant ces comparaisons avec mai 68, les années 30 ou la Révolution française, ont aussi une part de vérité ?

Elles disent quelque chose de notre grande déprime collective et des problèmes que traverse la France. La Révolution française était partie entre autres d'une grosse crise de la dette -l'Etat avait serré la vis des impôts pendant des années - jusqu’à l'explosion, et la nuit du 4 août.

Comme dans les années 30, la petite musique du « tous pourris » entretenue par l'extrême droite, et par la gauche radicale d’ailleurs, est en train de faire son chemin.

Et comme au printemps 68, la colère sociétale contre le mariage gay est en train de se transformer en colère contre un homme : de Gaulle à l'époque, Hollande aujourd'hui. Mais la comparaison s'arrête là.

Ce que révèlent ces allers-retours de l'Histoire, c'est surtout qu'il nous manque une boussole, un GPS. On pourrait imaginer par exemple, que François Hollande assume enfin son côté social-démocrate, plutôt que de laisser Jean-Marc Ayrault l’endosser tout seul. Qu'il dise clairement où il nous mène… vers un modèle à la suédoise, en ressortant des placards par exemple, la grande réforme fiscale aujourd'hui enterrée. Qu’il cesse d'être un président normal, trop normal, qu'il assume la part de monarchie qui va avec la Vème République. Nicolas Sarkozy l’avait trop bien compris, lui pas assez. Qu'il fasse preuve d'autorité, quand l'un de ses ministres remet en cause sa parole en public et surtout, qu'il fasse bouger l'Europe, devenue un repoussoir, une machine à fabriquer de l'austérité et du chômage. Le Portugal et les Pays-Bas viennent de nous donner l'exemple, en desserrant un peu l'étau... François Hollande leur a emboîté le pas, hier, en repoussant un peu les objectifs de déficit qui nous conduisaient encore plus vers un chômage de masse. Bref, qu'il nous dise où nous allons, pourquoi et surtout comment. Mais là, ce serait vraiment la révolution.

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