Débat hier soir à Epinal, discours hier matin devant le Parlement de Strasbourg, Emmanuel Macron vient de donner le coup d’envoi des européennes…

Mai 2019… Pour nous, c’est loin mais pour les états-majors politiques c’est déjà demain ! Et à voir Emmanuel Macron ferrailler contre Florian Philippot, hier à Strasbourg, à le regarder arpenter le centre des congrès d'Epinal dans une agora qui rappelait furieusement la campagne de 2017, on comprend que, ça y est, les grandes manœuvres ont commencé. 

Chacun cherche ses alliés, sa liste, sa tête de liste, société civile ou pro de la politique, et tout le monde s’observe sur la ligne de départ, avec un non cumul des mandats qui dissuade les grands leaders de se lancer dans l’aventure. Mais qui ne dissuade pas Emmanuel Macron d'être lui-même dans la peau d'une tête de liste.  

Parce que mai 2019 sera un rendez-vous de clarification pour Emmanuel Macron ?

Il sera jugé sur son action à mi-mandat, bien sûr, mais aussi et surtout sur son pari, faire gagner le camp pro-européen contre les nationalistes. Et là il n’y aura pas de fusible, c’est sa bataille. Obligation de mettre La République En Marche largement en tête, sinon ce serait le coup d’arrêt, Macron jeune Giscard éphémère. 

Et côté "somnambules", pour reprendre son expression, a-t-il réveillé les eurodéputés ?  

ll a au moins été applaudi sur la plupart des bancs du Parlement. Pourquoi ? Parce qu’il a fait vibrer la fibre des pères fondateurs, l’Europe est fragile, sur un fil, c’est un « trésor », a dit Emmanuel Macron. Pourtant, en un an, son credo européen a perdu de sa superbe… Il y a eu comme un mirage. Macron élu, c’était la fin de la vague populiste. Beaucoup l’ont cru dans les chancelleries. Erreur. Aujourd’hui la vague est plus forte encore, et le paysage politique français est en décalage avec ce qui se passe chez nos plus proches voisins.  

Au-delà du concours d’éloquence à Strasbourg, il y a ce qui reste à l’état de brouillon pour l’instant.... 

En Marche n’a ni le monopole du cœur ni celui de l’Europe, il y a d’autres listes pro-européennes qui vont exister et concurrencer Emmanuel Macron. Et à la fin, dans cet éparpillement des voix, sur un seul tour, avec une abstention qui menace, combien y aura-t-il de parlementaires macronistes à Strasbourg… Une trentaine au mieux ? Alliés à d’autres bien sûr, 130-150 fourchette haute ? Tout ça ne suffit pas pour renverser la table… On ne recompose pas à Strasbourg, école du compromis lent et patient, comme on casse les codes à Paris.  

Emmanuel Macron a au moins le courage de ses idées, il les a rappelées hier (taxation des Gafa, fonds de solidarité pour les régions accueillant des réfugiés), mais quelle méthode, quel chemin, dans ce labyrinthe à vingt-sept ? D’ailleurs, vous aurez remarqué qu’il a tout juste effleuré un sujet essentiel : la défense européenne. Et pour cause : c’est avec un pays qui s’en va, le Royaume-Uni, que le Président le plus europhile de l’Union a pu coordonner des frappes en Syrie.   

Par rapport à ses adversaires de droite et d’extrême droite, il part avec un temps d’avance ! Lui au moins n’a pas de contradictions dans son camp à gérer sur la question européenne. Atout sérieux pour faire campagne. Mais attention à l'effet frustration : il court vite, Emmanuel Macron, mais l'Europe marche lentement.

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