Le RN (Rassemblement National) devient écologiste...

Quelle meilleure preuve de la victoire culturelle de l’écologie ! L’écologie de droite était, jusqu’il y a peu, résiduelle, l’apanage de quelques antimodernes, adeptes d’une décroissance de type réactionnaire, basée sur le respect de la nature, fruit de la volonté divine, d’un ordre naturel, patriarcal et injuste par essence. Mais hormis cette toute petite frange, la droite, en général, a mis du temps à admettre la réalité, d’abord du réchauffement, puis de sa cause humaine. Le climatoscepticisme a maintenant quasiment disparu à droite (en France du moins). Il reste quelques personnalités pour penser que la question climatique ne nécessite pas de changement particulier de mode de production ou de consommation et qui misent simplement sur, je cite Laurent Wauquiez,  ’le progrès et l'innovation, portée par des projets et non par la contrainte.’

Mais aujourd’hui, une pensée écologiste de droite s’élabore.

Oui une pensée conservatrice anti-libérale qui inclue l’écologie dite humaine. Ainsi, la PMA et le mariage homosexuel, l’immigration, sont mis au rang de nuisances environnementales comme le glyphosate ou les particules fines. Mais désormais,  cette pensée intègre l’idée du localisme. Les écologistes classiques ont popularisé le bio, le circuit court et banni l’agro-industrie. Ces écolos (juste écologistes, ou de gauche) ont promu le terroir, les appellations contrôlées, vantent le goût des fruits et légumes variés, de saison et pas forcément calibrés. Ce goût de l’authentique et du local avait tout pour parler à une certaine droite. Celle qui préférait sa famille à ses voisins, ses voisins aux étrangers. Il n’y avait pas un long chemin conceptuel à faire pour passer du terroir à l’identitarisme, du naturel à la pureté, du local aux racines. De la terre sans pesticides à la terre qui ne ment pas. Reste la frontière : les écologistes de gauche estiment que pour régler les questions d’environnement, les horizons les plus pertinentes sont la proximité et le grand large. Proximité, on l’a vu, grand large, parce qu’on ne sauvera la planète que par une volonté concertée, supra nationale, mondiale. Rien de moins naturelle qu’une frontière, la pollution se fout de ces murs artificiels. Ce qui plombe l’écologie politique classique d’ailleurs, puisque notre sphère de légitimité démocratique la plus puissante reste la Nation. Et c’est là que vient s’installer fort opportunément l’écologie nationaliste. La frontière, la limite (Limite c’est d’ailleurs le nom d’une revue théorique de l’écologie conservatrice), est désignée comme l’arme écologiste par excellence, le meilleur outil pour relocaliser, pour se protéger d’un libéralisme prédateur, du nomadisme des produits et des hommes (donc de l’immigration). L’extrême-droite écolo est pro nucléaire, outil de souveraineté et de planification. L’écologie s’avère bien pratique pour l’extrême-droite : sauver la biodiversité et la diversité humaine, mais chacun chez soi, voilà l’idée. Comme la laïcité, l’écologie est une notion venue de la gauche qui, bien utilisée, permet à l’extrême-droite d’adapter sa réponse à l’angoisse identitaire. Réponse de repli plus avenante que ses réponses xénophobes classiques, sans pour autant en changer la nature.

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