c'est la dernière ligne droite avant la trêve des confiseurs. Nicolas Sarkozy passe la journée dans les Ardennes pour mener une campagne à l'écoute des Français. Activisme débordant pour le président-ministre-candidat de l'UMP face à sa rivale, Ségolène Royal, qui veut aussi écouter les Français. Ce week-end, elle a lancé sa campagne participative. Hier elle était chez Serge Moati sur France 5. Un mois après sa désignation, Ségolène Royal monte incontestablement en puissance, mais avec quelques fragilités qu'on décèle déjà. Elle a changé... beaucoup... Plus sûre d'elle-même, plus détentue, mais aussi plus investie dans ce qu'elle appelle sa mission. Ou peut-être qu'elle révèle simplement aujourd'hui ce que l'opinion pressentait et que ses adversaires ne voulaient pas voir. Un alliage détonnant fait d'extrême réserve, voire de timidité, de cette réserve qui sied à un chef d'état et d'extrême goût du risque, voire de courage, de cet anticonformisme qui plait aux Français. Et c'est bien la force principale de Ségolène Royal aujourd'hui. Incarner cette mosaïque de sensibilité, conservatrice et iconoclaste, classique et décalée, les pieds sur terre mais la tête dans les nuages. Un alliage complexe dans lequel les contraires peuvent s'attirer et se retrouver. Imposée par l'opinion au parti socialiste, c'est donc à l'opinion qu'elle va s'adresser à travers une campagne participative. L'autre force de cette stratégie "toile d'araignée", les plus idéalistes se réjouieront de ce retour aux sources de la République : l'agora, le dialogue, la démocratie , la vraie, de ce désir de ramener à la politique tous ceux qui s'en sont éloignés depuis des années, qui ne viennent plus voter ou disent leur colère avec un bulletin FN. Les plus sceptiques, eux moqueront ce marketing attrape - nigaud, mais qu'importe. Ségolène Royal a déjà atteint son objectif en cette fin d'année. Prendre une longueur d'avance sur Nicolas Sarkozy dans cette manière très populaire, très différente de battre la campagne en candidate citoyenne, rassurante, forcément... et l'opinion la suit. Les classes populaires, enjeux de toutes les bagarres, se laissent tenter. L'étranger regarde avec un intérêt grandissant le parcours fulgurant de l'énigmatique Ségolène Royal. Aprés un mois de campagne, le contrat paraît donc rempli. Oui mais il y a un mais... D'abord, l'étrange articulation de cette campagne, une direction version "aigle à 2 têtes". Le noyau des fidèles d'un côté et le parti de l'autre. Ceux qui décident tout et l'armée mexicaine, nommée par diplomatie, ces généraux sans ordre de missions qui ne décident rien. On se demande combien de temps mettra Ségolène Royal pour se réconcilier profondément avec les instances de son parti, dont elle n'aime pas le fonctionnement. Ensuite, le positionnement politique. Redoutable stratège sur l'accord avec Chevènement, ou la prise de position très ferme sur le nucléaire civil iranien où l'on voit que les propos furieux du président Amadinejad paraissent lui donner raison. Ségolène Royal semble depuis quelques temps s'être lancée dans un drôle de ping pong avec Nicolas Sarkozy. Bagarre sur les jeunes, bagarre sur Johnny, au risque de perdre ce qui fait sa singularité. Au risque aussi, dans cette hyperactivité de devenir anxyogène pour son électorat là ou le président de l'UMP tente de corriger son image inquiétante. Peut-être au fond qu'il manque à Ségolène Royal ce précieux général que certains empereurs romains avaient à leur côté ; ce général qui leur répétait inlassablement " n'oublie pas , César, que tu es mortel !!! " Une chronique de Françoise Degois.

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