Le président de la République a donc relancé, hier, sa politique d’intégration et de promotion des minorités. C’est la seconde offensive sur ce terrain après celle, très symbolique -et de ce fait politiquement significative- de la formation du gouvernement. On l’a beaucoup souligné mais c’est vrai que malgré des fortunes diverses, Rama Yade, Rachida Dati et Fadella Amara constituent, par elles même, un message fort. Le fait que ce soit un gouvernement de droite qui ait eu cette audace, souligne non seulement la coupable timidité de la gauche pendant ses années au pouvoir mais aussi la détermination de Nicolas Sarkozy sur ce terrain. C’était donc la première étape, elle a été réussie, mais c’était la plus facile. Le symbole est un message ce n’est pas une action. Vient maintenant le temps de l’action. Le discours de Nicolas Sarkozy d’hier à l’école polytechnique propose des mesures concrètes, des incitations chiffrées notamment pour que les jeunes issus de minorités puissent accéder aux grandes écoles. Mais l’action en la matière bute sur le cœur de ce qui fait la spécificité de notre République : en France, on ne reconnaît pas la notion de race, on ne classe pas la population par couleur ou ethnie : un citoyen est un citoyen. Point. Cette belle idée n’empêche pas plus la discrimination que l’interdiction du sida par décret dans l’Irak de Saddam Hussein n’empêchait la contamination ! Voilà pourquoi Nicolas Sarkozy s’était prononcé pour la discrimination positive pendant sa campagne. Et il n’était pas le seul, à gauche, Malek Boutih et Julien Dray avaient aussi proposé une forme de discrimination positive. Le PS n’en a pas voulu. A droite, Nicolas Sarkozy reste minoritaire sur la question. Les grands partis ne se résolvent pas à sacrifier le principe fondateur de l’égalité pour la cause de l’intégration. La discrimination positive sur des critères ethniques pose plus de problèmes qu’elle n’en résout. Le dernier rapport en date sur cette question est celui de Simone Veil. Le discours d’hier tient compte des réticences de madame Veil et de tous les gardiens de la République. Le Chef d’entreprise Yazid Sabeg, pourtant promoteur de la discrimination positive, va entrer au gouvernement comme porte voix efficace de la diversité mais Nicolas Sarkozy propose toute une série d’idées pour contourner l’obstacle ethnique. La voie de la sélection par des critères sociaux est en effet la plus sage ! Et alors, nous y voilà ! Qu’est-ce qui se passe quand on explore cette voie ? On s’aperçoit vite qu’un jeune diplômé, candidat à un emploi de cadre, aura beaucoup moins de chance d’être recruté, bien sûr, si son nom a une consonance étrangère mais aussi, et peut être surtout si son adresse est suspecte. Une adresse suspecte, c’est l’adresse d’une cité, d’une ville notoirement connue pour la mauvaise qualité de ses lycées, pour la violence qui y règne, c’est un code postal avec 93 par exemple. La discrimination est plus souvent celle-ci ! Donc, les premières mesures d’un gouvernement qui voudrait vraiment se donner les moyens de lutter pour l’intégration, ce n’est pas de demander à TF1 de multiplier les Harry Roselmak, et pas seulement de demander à HEC de réserver des places pour les jeunes des cités, ce serait de forcer à la dé-ghettoïsation de nos banlieues, de forcer à la construction de beaucoup plus de logements sociaux répartis en banlieue ouest de Paris. Des logements sociaux, là où il y a les emplois, les crédits, les équipements. C’est d’ailleurs souvent là que travaillent après une heure de RER ceux qui habitent dans les cités et qui ont la chance d’avoir un emploi ! La mixité sociale, les classes mélangées, les équipements partagés, les cultures voisines, mixer les couleurs dans les écoles des quartiers favorisés comme sur les écrans. Avec tout le respect dû à Simone Veil, le rapport d’Etienne Pinte, député UMP de Versailles, sur le logement social, répond mieux à la question de l’intégration et de la mixité que le sien. Seulement voilà, ce rapport dort dans un placard de madame Boutin, la ministre du logement. Quant à Fadella Amara, magnifique symbole du gouvernement, on ne l’entend plus. Et son fameux plan banlieue, et bien on l’attend toujours !

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