**Faut-il une loi pour interdire la Burqa ? Le débat divise la majorité.Oui, et dans l’opposition aussi. C’est plus intéressant qu’une simple division c’est un débat. D’abord, évacuons la question de savoir si la burqa est tolérable ou non. Seule une frange marginale de sociologues et d’anthropologues adeptes notamment des travaux de Toby Nathan est favorable au respect scrupuleux de l’ensemble des rites, quels qu’ils soient, des différentes cultures. En revanche la quasi-totalité des acteurs sociaux et le monde politique est unanime sur le constat : puisque la burqa heurte de front l’idée de la laïcité ou, de la condition féminine ou, tout simplement l’idée que l’on se fait en France de la relation entre individus, il faut bien faire quelque chose. Mais la façon de vivre ne peut pas être trop codifiée par la loi sinon, on risquerait, pour garantir le respect d’une règle de la république, d’en écorner une autre tout aussi fondamentale : la liberté individuelle. Dans le cas de la Burqa, le risque d’écorner cette règle pèse finalement assez peu puisque, plus que la manifestation d’une liberté, le voile intégral peut être regardé comme un objet de soumission et d’abaissement de la femme. Si cette dernière remarque peut faire l’unanimité, elle est néanmoins compliquée à traduire dans la loi : c’est précisément des femmes, majeures et responsables qui revendiquent le droit de se vêtir ainsi. On pourrait invoquer l’aliénation, la domination culturelle, l’emprise de la religion, on aurait raison mais juridiquement, quand il faut rédiger un texte de loi applicable dans la vraie vie ça devient un casse tête. Néanmoins, une loi est possible : Le professeur de droit public Guy Carcassonne le rappelait cette semaine dans le Figaro, il n’y a pas d’obstacle juridique à légiférer. 3 articles, au moins de la déclaration des droits de l’homme de 1789 –déclaration qui figure au préambule de notre constitution- peuvent être invoqués comme base juridique à une loi contre la burqa. Donc ! Faut-il vraiment une loi ?Ça dépend de ce que l’on veut. Une loi permet un débat, crée un retentissement, marque la volonté de la nation d’affirmer un interdit pour faire respecter des principes. Il y a un aspect symbolique, un affichage qui peut avoir son utilité, qui peut aussi, si le débat est mal maîtrisé, virer à la stigmatisation. Le risque existe quand on voit, par exemple, le fatras idéologique dans lequel se vautre le débat sur l’identité nationale. Mais si l’on s’en tient à la stricte efficacité, c'est-à-dire si l’on veut simplement réduire au maximum les possibilités d’aller et venir librement (si l’on peut dire) avec une burqa, les lois et règlements existant suffisent peut être. L’assemblée peut faire une déclaration solennelle pour rappeler les principes de la république et s’en tenir là. Avec la loi actuelle, une personne, dont le visage est caché, peut se voir refuser l’accès à la poste, à une banque, à la sortie de l’école pour récupérer ses enfants. Les entreprises publiques ou privées peuvent très bien invoquer un problème d’organisation, d’intérêt commercial pour refuser d’employer une femme totalement dissimulée. L’ordre public, la sécurité peuvent être invoqués dans un très grand nombre de cas qui couvrent la vie collective. La question, qui ne concerne pour l’instant pas plus de 2000 cas en France, se réglerait alors au fil des actions en justice, au fil de la jurisprudence. La HALD (la haute autorité qui lutte contre les discriminations) a déjà rendu plusieurs avis en ce sens. Alors, faut-il légiférer ? Je revendique le droit exceptionnel de l’éditorialiste de ne pas avoir encore d’avis précis et définitif.**

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