Ce matin Thomas Legrand revient sur le débat d’hier avec nos invités, Jean-Claude Ameisen, président du comité national d’éthique et deux membres du panel citoyen qui ont réfléchis et fait des propositions sur l’euthanasie et de fin de vie...Oui parce que mettre des citoyens « panélisés » en situation de réfléchir, de s’informer et de proposer leur regard aux législateurs… ça parait être une bonne méthode pour des questions de sociétés qui touchent à l’intime. D’ailleurs la loi bioéthique votée en 2011 comporte un article qui prévoit que pour toutes modifications dans le domaine de la bioéthique, le gouvernement doit organiser des états généraux…. Et les Etats généraux peuvent passer par ces panels citoyens. Bien sur il faut que ces panels soient bien composés, honnêtement et de façon incontestable. L’IFOP a su le faire pour la question de l’euthanasie sous l’autorité du comité d’éthique. Cette pratique avait déjà été utilisée en 2009 pour préparer la loi bioéthique de 2011. Mais à l’époque, ça n’avait pas eu un grand écho. Les panels réunis à Rennes, Marseille ou Strasbourg avaient débattu pendant des semaines, s’étaient informés en auditionnant des chercheurs, des personnalités de toutes les disciplines concernées. Ces petites assemblées de citoyens avaient donné un avis favorable à la recherche encadrée sur les cellules souches (le législateur de l’époque n’avait pas tenu compte de cette avis, sans doute trop progressiste). De même, les Français qui participaient à ces états généraux avaient fini par se montrer tout à fait ouverts à l’adoption par les couples de même sexe. Notamment le comité de Rennes, dans la Bretagne plutôt catholique et réputé conservatrice…en 2009, trois ans avant la loi Taubira, les membres du panel avaient conclu à l’unanimité que l’adoption par des couples de même sexe devrait être autorisée. Personne ne les avait écouté à l’époque. Si l’on avait refait l’expérience au printemps 2013, peut être aurions nous évité quelques psychodrames politiques.Cette méthode des panels citoyens pourrait-elle être utilisée au-delà des questions d’éthique ?Dans les pays scandinaves cette pratique est courante et c’est vrai qu’en ces temps de défiance généralisée ce serait sans doute une voie à explorer. Surtout que les grilles de lecture classiques semblent obsolètes sur les sujets pour lesquels on n’arrive pas à dégager un minimum de consensus, comme la fiscalité ou le financement des retraites, la transition énergétique, la politique d’immigration. L’avis du panel devrait s’élaborer en toute discrétion, loin des groupes de pression mais il faudrait le médiatiser largement pour qu’il soit pris en compte. Cet échantillon de démocratie directe (qui peut rappeler le mythe de la démocratie athénienne) ne serait pas un empiétement du travail du législateur, elle ne constituerait pas un avatar de la démocratie d’opinion mais plutôt une ébauche de démocratie d’opinion informée. Même très techniques, les questions des impôts (l’écotaxe par exemple) ou des retraites pourraient très bien être le terrain de ces débats et de ces expérimentations. Quitte à écouter l’opinion, autant écouter une opinion informée des nuances et de tous les aspects d’un problème. Après tout, bien des décisions politiques sont prises sous la pression des sondages ou des manifestations de rue, c'est-à-dire sous la pression d’une opinion brute, conditionnées par de vieux réflexes ou par la surpuissante communication politique qui génèrent plus de réflexes que de réflexion, plus de conservation que de réforme.

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