La question se pose maintenant sérieusement : le FN peut-il arriver au pouvoir ?

Les éléments de la réponse sont de deux ordres… Idéologique et institutionnel : il faudrait déterminer ce que recouvre vraiment la monté du FN. Vaste sujet. Le FN enfle-t-il en réaction à l’impuissance des partis traditionnels au pouvoir ? L’exaspération générale constitue-t-elle le gaz qui gonfle une baudruche de protestation ? Le ton véhément de Marine Le Pen et le caractère transgressif de son propos seraient alors plus déterminants que ses idées. Dans ce cas, la baudruche se dégonflera à l’approche de la présidentielle, c’est-à-dire à l’approche du temps de la responsabilité. Ou bien la croissance du FN correspond à une évolution idéologique profonde du pays vers une droite radicale. Mais sans alliés, le pouvoir se situe au-delà de 50%. On en est loin ! Ensuite il faut savoir si Marine Le Pen a les moyens institutionnels de gagner. Il est maintenant possible d’affirmer, au regard des régles électorales, que le FN peut l’emporter en 2017. Il faudrait un alignement de planètes plus si improbable. Que Marine Le Pen soit en tête au premier tour, qu’à la faveur d’un formidable taux d’abstention, les électeurs refusent le réflexe républicain pour, par exemple, un Nicolas Sarkozy droitier pendant deux ans et soudain rassembleur par une sorte d’opportunisme trop voyant. Marine le Pen peut alors l’emporter. Tout comme elle peut l’emporter avec les voix de la droite orpheline contre un candidat de gauche confronté au bilan de ce quinquennat.

Les institutions ne sont plus un rempart contre les extrêmes ?

Non, les mécanismes de nos institutions qui valorisent la personnalisation des débats, donnent des moyens aux forces politiques pour lesquelles les solutions reposent sur un homme ou une femme providentiel(le). Dans ce monde ouvert et informé, le FN est le dernier parti à croire encore pleinement que la solution n’est pas détenue par une personne ou un parti mais que la solution EST une personne. La Vème République, qui bi-polarisait à outrance, fut longtemps un cauchemar pour l’extrême droite. Maintenant que le bipartisme est usé jusqu’à la corde et a prouvé son impuissance, les règles de la Vème République deviennent très efficaces pour le FN. Mais si Marine Le Pen gagnait la présidentielle, ce serait bien plus compliqué pour les législatives qui suivent. En effet, pour les législatives, entre les 2 tours, il ne s’agit plus de l’équation personnelle, mais bien d’accords politiques de désistements entre partis. Et le FN n’est pas capable d’avoir des partenaires comme les centristes pour l’UMP ou les écologistes et le PC pour les socialistes. Nous aboutirions donc à une situation de blocage. De plus, le FN est très loin d’être armé pour alimenter de cadres la technostructure de l’Etat. On le voit déjà, rien qu’au niveau municipal. Donc, pour conclure cet exercice périlleux de politique fiction : Oui Marine Le Pen peut gagner la présidentielle, mais pas les législatives ! Elle ne peut pas accéder (dans les conditions politiques actuelles du moins) aux vraies manettes du pouvoir. Son arrivée à l’Elysée provoquerait quasi-mécaniquement une crise institutionnelle.

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