Emmanuel Macron était hier soir sur France 2…

C’était un peu les entretiens au coin du feu de Valéry Giscard d’Estaing, sans le feu mais en marchant… Peu d’annonces, si ce n’est le lancement en janvier d’une grande réflexion sur la modernisation de l’audiovisuel public… et une prévision audacieuse : dans 2 mois nous aurons gagné la guerre contre DAESH… La forme : cette nouveauté (à ne pas confondre avec une modernisation) : l’interview présidentielle  ambulatoire ! Il s’agissait, visiblement, de faire de la pédagogie, notamment sur les questions d’environnement. Le président avouant avoir évolué sur ces sujets qui ne faisaient pas partie, dit-il (par exemple à propos de Glyphosate), de son quotidien avant d’être à l’Elysée… La pédagogie est certes nécessaire et ce genre d’émission, au-delà de la promenade de santé qu’elle représente pour le chef de l’Etat, et du coté journée du patrimoine pour le téléspectateur, n’est pas, en elle-même, à bannir. Mais elle ne comble pas ce manque problématique : la nécessité de voir celui qui est responsable devant les Français, dans un vrai dialogue contradictoire. La France est le seul grand pays démocratique dans lequel LE responsable des affaires publiques n’est jamais challengé sur le fond. Il n’est jamais en situation de débat face à des parlementaires de l’opposition par exemple, puisqu’il n’est pas responsable devant eux mais directement devant le peuple. Le chancelier allemand, le 1er ministre anglais, eux, sont presque chaque semaine devant des opposants politiques. Ils doivent tout justifier en permanence, ils ne peuvent pas rester dans l’ambiguïté, ce qui crée un débat politique moins personnaliste, plus mature et responsable. 

Ce sont les institutions qui veulent ça

Oui mais le président pourrait très bien accepter d’autres formes d’interventions médiatiques pour sortir de son monologue sécurisé. Les Français sont assez intelligents pour, en plus d’une déambulation glamour et bien filmée, assister, comme les Allemands, les Anglais, les Italiens à de vraies interviews politiques ! Et surtout, Emmanuel Macron est assez bon débatteur, a, semble-t-il, les idées assez claires, pour y faire face, en dehors du décorum écrasant de la monarchie républicaine et des dorures de l’Elysée. Il paraît que le président aime les balles dures, pas les balles molles… Pourquoi, dès lors, n’accepte-il pas un terrain un peu moins confortable, une forme d’interview plus frontale… non pas pour le spectacle mais parce qu’un homme qui décide seul (c’est effectivement nos institutions) doit, face à son immense pouvoir, répondre de ses choix, argumenter bien au-delà de la pédagogie, se voir opposer les arguments de l’opposition, s’expliquer sur les contradictions de son action, sur ses changements d’avis et leurs implications… Emmanuel Macron s’enorgueillit de faire ce qu’il avait dit qu’il ferait. Pour l’instant c’est assez vrai. La modernisation politique serait plus complète s’il acceptait aussi parfois une forme de communication qui permette vraiment de vérifier, et de détailler tous les aspects de sa pensée qu’il estime lui-même complexe. C’est la condition du fameux parler-vrai rocardien dont se réclame le Président. Une modernisation du service public s’impose, dit-il.  L’émission d’hier nous montre que la communication présidentielle, aussi, a besoin de passer au XXIème siècle.

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