L'ex candidate socialiste à la présidentielle, Ségolène Royal, est l'invitée de France Inter ce matin à 8H20. Une Ségolène Royal en campagne active pour les municipales, mais pour quoi faire ? Ségolène Royal a-t-elle autre chose à proposer aux Français que le match retour de la présidentielle ? Voilà effectivement toute la question ce matin. Elle n'est évidemment pas n'importe qui dans le paysage politique français. Ex candidate à la présidentielle, elle peut revendiquer d'avoir recueilli sur son nom 17 millions de voix. Quel socialiste vivant peut en dire autant ? Elle est aujourd'hui la seule socialiste à pouvoir continuer à parler directement aux Français sans le prisme du parti. Elle a à peu près clarifié son ambition ; malgré quelques précautions de langage. On a cru comprendre que cette fois, ça y est, elle est résolue à tenter de prendre le parti tant honni, dans l'espoir d'être d'ici 2012 sa candidate naturelle, légitime et incontestée. Mais Ségolène Royal est encore lestée de quelques handicaps, et a peut-être aussi quelques lacunes personnelles à combler, avant d'arriver à ses fins. Les handicaps : Pas d'argent pour faire campagne ; ça n'a l'air de rien mais ça compte ! Au PS, Ségolène Royal n'est rien. Elle n'a donc pas un bureau rue de Solférino, pas un fifrelin pour aller soutenir des candidats aux municipales. Heureusement, il y a les cotisants de "Désir d'avenir" et de généreux donateurs comme Pierre Bergé pour l'aider. Pas d'argent, mais beaucoup d'ennemis de l'intérieur au PS ! Tous ceux qu'elle n'avait pas réussi à fédérer l'an dernier sont devenus des opposants encore plus virulents, quand certains de ses ex proches se sont éloignés, avec l'idée que le pari fait sur elle ne pouvait fonctionner qu'une fois. Le problème, c'est que ces ennemis peuvent constituer une minorité très active qui peuvent l'essorer et l'épuiser avant l'heure. D'autant que, dernier handicap, figurez-vous que Ségolène Royal reste une femme ! Et ça, certains n'arrivent toujours pas à s'en remettre ! Mais Ségolène Royal a aussi quelques lacunes personnelles, que ni la défaite ni le temps n'arrivent visiblement à combler. Un problème pour constituer un entourage structuré et cohérent. Premier cercle, deuxième cercle, groupe d'experts, "elle continue de n'en faire qu'à sa tête, et ne tranche jamais sur rien," se désespère un de ses amis. Elle a surtout un problème d'oscillation permanente qui déboussole les socialistes et les français. Elle fustige depuis le début de l'année les promesses non tenues du candidat Sarkozy, mais se garde bien d'aller à Gandrange pour soutenir les ouvriers d'Arcelor. La "défense de la sidérurgie, ça faisait trop vieille gauche pour elle," grince encore un élu. Obsédée par l'idée de tomber dans la pipolisation, elle observe un mutisme remarquable depuis quelques jours notamment sur l'affaire du SMS présidentiel, quand fin janvier, chez Michel Drucker, elle n'en n'a jamais autant dit sur sa propre vie privée. Enfin, elle pendule même sur l'essentiel : elle juge d'abord que l'idée de Nicolas Sarkozy de faire partager aux écoliers d'aujourd'hui, la mémoire des enfants juifs victimes de la Shoah "va dans le bon sens", avant de se reprendre quelques heures plus tard, visiblement ébranlée par la bronca pour dénoncer "l'étonnante légèreté d'une annonce improvisée". Alors aujourd'hui, Ségolène Royal incarne-t-elle autre chose que le combat d'hier ? Elle a pris la tête du combat de l'anti-sarkozysme, comme semble l'indiquer sa signature au bas de "l'appel à la vigilance républicaine", initiée par "Marianne", mais est-elle autre chose qu'une partie de ce "collectif de perdants" dénoncé hier par l'Elysée ? Et bien à elle de le prouver, mais tout reste à faire. Peut-être que si elle donnait du sens aux futures victoires attendues de la gauche aux municipales, ça pourrait l'y aider. Gagner oui, mais pour faire quoi ? Pour en faire quoi ? ça sert à quoi une gauche locale, en terme d'action, en terme d'alliance ? Peut-être que si Ségolène Royal répondait à ces questions, elle pourrait porter une part de l'avenir du PS. Aujourd'hui, elle n'incarne encore que ses regrets et ses remords.

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