Ce matin, un édito pour prendre la défense des Femen !

Oui parce que si l’action des ces féministes radicales à Notre-Dame, mardi dernier, pouvait apparaître comme moyennement maline, faisant penser à une gentille et lourdingue provocation d’ados attardées, les violences qu’elles ont subies sur place et surtout la violence des réactions politiques leur donneraient presque raison a posteriori. Rappelons les faits. Huit militantes Femen, dans leur costume de scène habituel, assez léger : pataugas, collants noirs et seins nus, ont fait irruption dans la cathédrale avec des bâtons entourés de mousse à l’aide desquels elle voulaient frapper Anne-Geneviève, Etienne ou Marcel… ce ne sont pas des fidèles de Notre-Dame mais trois des nouvelles cloches ainsi nommées, tout juste livrées et exposées au public, en attente de leur consécration. Les activistes avaient bien pris soin d’agir à un moment où il n’y avait aucun office. Elles voulaient célébrer ainsi, à leur manière, une double bonne nouvelle, le vote du mariage pour tous et surtout la retraite d’un pape qu’elles jugent particulièrement rétrograde et à l’influence néfaste pour l’émancipation des femmes. C’était une provocation… mais on était plus proche du potache un peu appuyé que de la profanation de lieux saints. Ça méritait de la part des autorités, une réprobation de circonstance navrée et distanciée. Autant pour regretter l’acte en lui-même d’ailleurs que pour demander des explications sur les violences que les Femen ont subies de la part des services de sécurité sur place.

Parce que Manuel Valls et Bertrand Delanoë ont condamné sévèrement l’action des Femen…

Oui, comme si le pouvoir rabougrissait forcément ses détenteurs, le ministre de l’Intérieur a publié un communiqué, parlant de sa condamnation, de sa consternation … un communiqué d’une sévérité disproportionnée, tout comme les mots de Bertrand Delanoë qui évoquent sa tristesse avec un ton de condoléances d’après massacre, là où il n’y a eu qu’une démonstration de topless, sans aucune dégradation, dans un lieu devenu aussi touristique que religieux. Les Femen ne sont pas des combattantes de la laïcité mais des militantes féministes provocantes. Comme le dit l’une d’elles, Marguerite Stern : « l’action était dirigée contre l’Eglise en tant qu’institution sexiste et rétrograde, pas contre les croyants ». Les Femen ont un mode d’action spectaculaire et même blasphématoire mais pacifique. Il n’y a pas eu de telles indignations et effarouchements officiels au moment des prières de rue de catholiques intégristes qui réclamaient l’internement des homosexuels devant l’Assemblée pendant le débat sur le mariage pour tous. Les responsables de Notre-Dame portent plainte contre les Femen pour exhibition. Ça a quelque chose de cocasse alors que, même accoutrées du strict minimum, elles restent toujours plus habillées que le Christ en croix dans toutes les églises. En réalité quand on a défendu le droit de Charlie Hebdo à caricaturer l’islam radical, quand on est attaché au droit au blasphème et à la liberté d’expression, on défend les Femen. En leur demandant peut-être de ne pas confondre l’Ukraine bigote et la France laïque. La France justement qui tarde à accorder à Inna Chevchenko l’asile politique alors qu’elle risque plusieurs années de prison en Ukraine. On ose espérer que le communiqué de Manuel Valls ne présage pas de la décision concernant cet asile !

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