Marc Fauvelle

Devant la Grande Mosquée de Paris
Devant la Grande Mosquée de Paris © © Godong/Robert Harding World Imagery/Corbis

Alors que François Hollande se rend ce matin à la Grande mosquée de Paris, pour inaugurer un mémorial du soldat musulman, vous vous interrogez sur le vote musulman : existe-t-il vraiment ?

La question peut sembler un peu étrange, tant il est admis dans la classe politique et dans l'opinion qu'il y a bien un vote musulman en France, un vote uniforme et majoritairement favorable à la gauche. La meilleure preuve qu'il existerait, c'est qu'on se bat, à droite comme à gauche, pour le récupérer. Jean-François Copé a lancé l'offensive la semaine dernière dans les colonnes du Monde, à gauche, le député socialiste Malek Boutih s'inquiétait récemment de la perte de cet électorat, et Marine Le Pen, ne rate pas une occasion de rappeler que 90% des musulmans ont voté Hollande au 2nd tour de la présidentielle. Ce chiffre, il existe effectivement : deux sondages réalisés après l'élection montrent que 86 à 93% des musulmans ont bien voté pour le candidat socialiste… Et pourtant, les spécialistes de la question sont plus beaucoup plus nuancés. En 2005, ce n'est pas tout à fait la préhistoire politique, deux chercheurs avaient publié une grande enquête intitulée "Français comme les autres". Ils avaient interrogé un échantillon de Français d'origine magrébine ou africaine. Parmi ceux qui se déclaraient musulmans, 64% votaient à gauche. Mais là où ça devient vraiment intéressant, c'est qu’ils ont posé la même question, à l'intérieur du même panel, à ceux qui se déclarent sans religion... Et là le chiffre était quasiment le même, un peu plus élevé même, avec 67% de votants à gauche. La conclusion, assez limpide, c'est qu'il n'y a pas de vote musulman à proprement parler. Ce n'est pas la religion qui influence la façon de voter, mais bien, l'histoire, le parcours migratoire, ou le sentiment d'être discriminé, le Coran n'y est pour rien. Un dernier chiffre d'ailleurs pour s'en convaincre : toujours dans cette étude, on avait aussi interrogé les Français d'origine maghrébine ou africaine, qui se déclarent catholique. Aucun lien avec l'islam donc, et là encore, la gauche était surreprésentée, à 56%.Parler de "vote musulman" serait donc un abus de langage. Il n'empêche, aujourd'hui, la droite lui fait les yeux doux…

C'est tout le pari de Jean-François Copé. Il estime que cette partie de l'électorat, environ 4 millions de personnes, s'est petit à petit détaché de François Hollande, à la faveur du mariage pour tous, ou de l'inquiétude sur la prétendue théorie du genre enseignée à l'école... En son temps, Nicolas Sarkozy avait fait le même calcul.... C'était sa période islam friendly. Quand il se battait pour imposer le conseil français du culte musulman, quand il plaidait pour un islam de France, ou nommait un « préfet musulman ». Drôle d'expression d'ailleurs, parlerait ton de préfet juif ou catholique… ?Mais tous ses efforts avaient été balayés par le « Sarko 2 » version Buisson. Le ministère de l'identité nationale avait été ressenti comme une provocation par une partie de la communauté musulmane, sans parler de la croisade contre la viande halal à l'école érigée en épouvantail de sa dernière campagne.Aujourd’hui, Jean-François Copé retente le coup, et il aurait tort de s'en priver tant la gauche a oublié de parler à cet électorat depuis qu'elle est au pouvoir. Où est passé par exemple, le droit de vote pour les étrangers ? Que sont devenus les récépissés lors des contrôles de police ? La gauche a tort de considérer cet électorat issu de l'immigration comme définitivement acquis à sa cause et la droite, elle, a beaucoup à se faire pardonner avant d'espérer le récupérer. A commencer par Jean-François Copé dont la parabole du pain au chocolat est encore dans tous les esprits.

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