Vous revenez bien sûr sur le 49.3… l’adoption sans vote de la loi Macron.

Imaginez ! ce tremblement de terre politique, ce psychodrame parlementaire… Pour quoi ? Pour la libéralisation des transports en autocar, pour passer de cinq à douze dimanches, possiblement ouverts, pour modifier quelques règles concernant les prudhommes ? La disproportion entre l’effet politique et le contenu réel d’une vaste loi d’ajustements économiques est symptomatique de l’impuissance publique qui mine la politique française. Nos institutions autobloquantes, conjuguées à un PS qui n’a pas fait son travail de rénovation pendant 10 ans d’opposition, renforce cette impression d’incurie. Le 49.3 est un échec politique cinglant pour les socialistes. Manuel Valls, chef de la majorité, n’a pas réussi à convaincre son propre camp. Il a prononcé cette phrase, à la fois vraie et, s’il l’on y pense un peu sérieusement, dramatiquement révélatrice : «Ce que les Français attendent, dit-il,c’est que le gouvernement agisse et ne perde pas du temps dans des débats stériles ». Cette phrase condamne le parlement et l’idée même de ce qui fait la force d’une démocratie moderne : la possibilité du compromis. Tout ça après des semaines de travail parlementaire sérieux…mais vain !

Hier soir Manuel Valls a parlé plusieurs fois d’autorité et s’est montré très ferme !

Oui parce qu’il a bien compris que les Français réclament des résultats. Et qu’en même temps (c’est le paradoxe), ils sont souvent, par catégorie, rétifs au changement. Pour faire face à ce nœud qui bloque la vie politique, Manuel Valls veut incarner l’autorité, celui qui assume de passer au-dessus du Parlement pour secouer le pays. Il ne souhaitait pas en arriver au 49.3… mais puisqu’il y est contraint, alors il joue à plein le rôle de l’autorité. Seulement, c’est une autorité de "sniper armé d’un pistolet à eau" ! La loi Macron sera appliquée, mais maintenant le Premier ministre ne dispose plus du 49.3 qui ne peut être utilisée qu’une fois par session. A chaque moment critique de ce quinquennat, on en revient au même constat : les socialistes sont coupables de n’avoir pas tranché à temps (c’est-à-dire avant de se faire élire) tous leurs débats, qu’ils nous imposent aujourd’hui, alors que ce devrait être le temps de l’action. Le péché originel vient de la campagne présidentielle. Aujourd’hui, la vraie majorité qui serait adaptée à la politique menée (quoi qu’on en pense sur le fond) n’est pas celle dont Manuel Valls dispose. C’est une autre majorité composée de la plus grande partie des députés socialistes et du centre. La campagne présidentielle n’a pas été menée sur ce schéma et, de toutes façons, nos institutions, les modes de scrutin ne permettent pas l’émergence d’une telle majorité. Ce déphasage démocratique est surmonté (artificiellement!) par un assaut d’autoritarisme incantatoire. Nicolas Sarkozy, en son temps, avait, lui aussi, tenté de masquer son impuissance par la figure de l’autorité dans le vide. Manuel Valls fait de même aujourd’hui. Preuve de l’état puéril de notre démocratie.

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