Vous revenez sur la mise en examen de Nicolas Sarkozy : chronique d’une déconnexion de la réalité.

Oui, il faut évoquer cette affaire avec des élus locaux, de terrain (même et surtout encartés à LR) pour comprendre l’ampleur du désastre. Ils sont ulcérés par cette affaire emblématique du caractère hors sol d’une partie de la classe politique nationale, Nicolas Sarkozy en tête. Parce que la vraie question est là : Comment peut-on dépenser, sans se rendre compte du problème, 40 ou 50 millions d’euros pour une campagne présidentielle, quand le plafond légal est de 22,5 millions ? Au-delà d’une possible escroquerie, les acteurs de la campagne en témoignent, la lubie du président-candidat, c’était «Je ne veux pas entendre parler des questions d’argent, débrouillez-vous, je veux les plus beaux décors, des loges insonorisées, je veux du monde, des bus pour les militants, des drapeaux, je veux voyager en avion, pas en train ». Quand son entourage lui faisait remarquer que les budgets allaient exploser, il répondait, ‘débrouillez-vous ! ’. Et effectivement, les petits soldats de la sarkozie se débrouillaient, avec le droit, les règles, la loi, habitués à vivre de l’appareil d’Etat, des facilités matérielles qu’offrent les rentes de situation d’élus de gros bastions opulents, ou des ministères.

Est-ce crédible que Nicolas sarkozy n’ait rien su de ces dépassements de budget?

Possible, plutôt, qu’il n’ait rien voulu savoir. Ce qui du point de vue judiciaire le sauvera sans doute. Mais politiquement, ce pourrait être désastreux parce que cette désinvolture, cette façon de ne plus être capable de relier la valeur et le prix des choses, peut entrer en collision avec les difficultés rencontrées par les Français et leurs élus locaux, tous ceux qui doivent faire vivre la démocratie quotidienne. Le rapport des politiques avec l’argent est toujours un élément complexe et sensible. L’intendance suivra semblait dire Nicolas Sarkozy à ceux qui s’inquiétaient autour de lui. ‘L’intendance suivra’ c’est un mot du Général de Gaulle qui considérait qu’il ne fallait pas encombrer le discours de chiffres, qui tenait l’économie pour une science secondaire, un impératif bassement matériel de la politique. Rien à voir avec ‘l’intendance suivra’ de Nicolas Sarkozy, qui veut plutôt dire ‘l’intendance est à moi et le puits est sans fond’ , une forme d’irresponsabilité d’enfant gâté de la politique vis-à-vis de l’argent public, de celui des militants, ou même de ses donateurs. Finalement l’ancien président semble être resté dans la mentalité de l’époque insouciante et dispendieuse de Mitterrand ou Chirac, l’époque des moyens de l’Etat pour soi-même et sa famille, l’époque où le politique avait encore un peu l’air de pouvoir changer les choses, renverser les courbes, assez du moins pour qu’on lui passe le fait de profiter des facilités qu’offre l’exercice du pouvoir. Ce que nous apprend cette affaire n’est pas tant le niveau d’honnêteté de Nicolas Sarkozy, mais le fait qu’il n’ait pas l’air de comprendre l’époque dans laquelle il vit, qu’il est trop déconnecté pour appréhender la réalité sociale et psychologique du pays.

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