Ce que devient le mouvement des Gilets jaunes…

Un mouvement que l’impressionnante endurance (14 semaines !) ne rend pas plus lisible. 40.000 manifestants pour toute la France. C’est faible au regard d’un mouvement social classique mais c’est  énorme (plus qu’ils n’en rassemblent jamais) pour ces groupuscules d’extrêmes-gauche et d’extrême-droite qui tentent, en l’investissant, de donner leur contenu idéologique à cet embryon de révolte hebdomadaire. Royalistes, fascistes en tous genres d’un côté, anarchistes, anti-fa de l’autre, ont pour ambition, chacun, de susciter une génération de militants de leurs causes et de provoquer un chaos sécuritaire à la faveur d’un maintien de l’ordre dépassé. L’idée, c’est de profiter de la pente répressive que réclame une partie de la classe politique, pour victimiser le mouvement et hâter son caractère insurrectionnel fantasmé. Pour l’ultra-droite et son pendant de gauche, le mouvement des Gilets jaune est donc un véhicule inespéré dont ils tentent, chacun, de prendre le volant. Parfois ils se le disputent à coup de poing. Quant au Gilet Jaune d’origine, canal-historique, périurbain ou rural, qui manifestait contre les taxes et les élites, il se raréfie, se perds dans des revendications institutionnelles et disparaît (comme Ingrid Levavasseur, hier) sous les insultes d’une foule qui, parfois se bestialise. L’échec de la liste pour les européennes montre l’impasse politique des Gilet jaune. Le grand débat fournit, malgré tout, à nombre de manifestants de la 1ère heure, une occasion de s’exprimer, comme le constatent de nombreux maires ruraux. Reste donc, dans le mouvement, les leaders stars des réseaux sociaux comme Fly Rider, Eric Drouet, aux messages de plus en plus inconséquents, quelques ronds-points où subsistent une convivialité militante et pacifique et quelques rares expériences démocratiques, alternatives, inventives et radicales comme à Commercy par exemple.

Et puis il y a toujours le RN et LFI en soutien...

Qui tentent, avec des pincettes plus ou moins discrètes de rester branché sur cette colère sociale. LFI semble y avoir remporté une bataille politique, puisque la demande sociale prime sur la revendication identitaire. Seulement, paradoxe, le RN, à en croire les sondages, serait plutôt (du fait de son antériorité antisystème) en passe de remporter la bataille électorale. Mais ce mouvement est maintenant pollué par un dernier groupe, celui qui s’en est pris à Alain Finkielkraut. Il s’agit de toute la mouvance Dieudonné et Soral, avec ce mélange haineux d’extrême-droite, d’extrême-gauche et d’islamisme ! La sémantique des anathèmes antisémites, signe l’agression. Il y a aussi (famille voisine) les admirateurs d’Etienne Chouard, cet internaute de talent, ‘noniste’ charismatique du référendum de 2005. Il diffuse une parole antisystème radicale, expliquant (hier, encore à Castre devant 1000 personnes) que nous sommes en dictature! Il ne faudrait pas que la lente décrue de ce mouvement, qui s’accompagne (c’est de la chimie politique habituelle) d’une concentration d’agressivité, de bêtise et de complotisme, fasse passer par pertes et profits, le message initial des Gilets jaunes, du temps où ils étaient en phase avec une large part de la société : le besoin de reconnecter à la marche du pays, toute une partie de la population qui en est exclue.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.