L’examen de la réforme des retraites, à l’Assemblée, c’est parti, mais parti pour durer…

Le maître des horloges a parlé, Emmanuel Macron veut « finir la séquence », comme disent ses proches, à l’été au plus tard. Pour passer à autre chose, à un autre temps, plus apaisé, du quinquennat. Après le « libérer, protéger » des débuts, il faut lancer le « protéger, protéger », comme me l’a confié un ministre : un nouvel « et en même temps ». Protéger la nation, protéger l'environnement. 

Le Président donne un cap, c’est son rôle, mais attention à ne pas enjamber trop vite le présent, en l’occurrence le temps du Parlement, où la réforme des retraites vient seulement d’arriver. Et en matière de gestion des horloges, visiblement l’exécutif n’a pas les mêmes fuseaux horaires que l’opposition ! Une adoption en 1ère lecture avant les municipales, trêve ou pas trêve, telle est l’injonction du gouvernement. Mais comment tenir les délais, avec 41.000 amendements... multipliés par 2 minutes en moyenne par orateur, ça voudrait dire qu'il faut siéger quasiment deux mois 24 heures sur 24 ! La semaine dernière déjà, la commission spéciale, noyée, coulée, dans les amendements, a fait pschitt. Du jamais vu depuis 2008.

Mais à qui la faute, Yael, si l'horloge tourne au ralenti ? 

C’est la bataille de la com’ ! Le gouvernement montre du doigt les "obstructeurs" Insoumis, principaux pourvoyeurs d’amendements… Plus de 20.000. Petits joueurs quand même, quand on sait qu'en 2006, contre la privatisation de GDF, la gauche avait déposé 138.000 amendements. Pour marquer les esprits, Jean-Louis Debré, au perchoir à l’époque, avait posé, tout petit devant des piles de feuilles de plusieurs mètres de haut. Photo restée célèbre, et sur laquelle aujourd’hui Richard Ferrand pourrait remplacer Debré. 

Mais GDF, ce n’est pas les retraites, usine à gaz XXL, où tout le monde veut savoir à quelle sauce il va être réformé. Et ce n’est parce que les deux mois de grève ont été enjambés qu’il y a adhésion au projet. D'autant que ça râle aussi du côté des partenaires sociaux, qui se retrouvent aujourd'hui pour la conférence de financement. A eux de remplir les trous de « gruyère » budgétaire de la réforme. Copie à rendre fin avril : "délais trop courts !", dit le Medef. "Projet injuste en l’état !", dit la CFDT, qui attaque le patronat sur sa frilosité à régler la question de la pénibilité. 

La chance de Macron et Philippe, c’est qu’ils n’ont pas de frondeurs à gérer, cette guérilla parlementaire peut même avoir un effet de soudure dans la majorité… Mais l’enlisement et la course de lenteur avec les Insoumis pourrait ressusciter le besoin d’un 49.3. Le gouvernement engage sa responsabilité et là tout s’arrête. 

Mais alors que vaudrait l’acte 2 du quinquennat (apaisement et respect des corps intermédiaires) si le gouvernement en venait à une telle extrémité ? Trois mois pour tout boucler, alors qu'en deux ans, Delevoye et les partenaires sociaux n’ont esquissé qu'un brouillon imparfait. 

Je me souviens d'un Emmanuel Macron ministre, fulminant contre un Manuel Valls Premier ministre, qui avait fait passer en force sa loi croissance. Entre le tic-tac du quinquennat et la tactique de ses opposants, il va falloir trouver le bon tempo.  

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