La loi Climat et les lobbies

En mars,   le projet de loi Climat, transcription législative du travail de la Convention citoyenne, sera discuté par les députés en commission, avant d’être débattu et voté dans l’hémicycle. Les parlementaires vont, c’est dans la nature des choses, être les sujets d’une intense offensive de groupe de pressions. De la part des lobbies d’une industrie inquiète d’une trop grande réglementation, ou de la part d’ONG traquant les renoncements par rapport aux ambitions initiales. Les actions des lobbies et des ONG ne sont pas à mettre sur le même plan. Non pas que les uns soient de méchants pollueurs, les autres de vertueux défenseurs de la nature, ou les uns des gardiens de la puissance industrielle française et les autres d’irresponsables décroissants. Non, chacun son métier : les lobbyistes ont des clients. Ils défendent des intérêts particuliers, industriels ou d’une corporation ; les ONG ont des adhérents et défendent des causes communes. Par exemple le lobby des industries éoliennes défendra l’implantation (pour ses clients) d’un maximum de grandes hélices sans se soucier forcément de leur emplacement. Les ONG militeront pour une implantation sélective, afin de prendre en compte d’autres exigences, comme, par exemple, l’harmonie des paysages. Les lobbies, qui savent que le Parlement est plus un lieu de rapport de force que de débats, sont puissamment organisés : cabinets d’avocats, de marketing, d’influence, étourdissent députés et sénateurs sous un flot de propositions d’amendements tout faits, d’études d’impact savamment dosées pour favoriser leurs activités. D’autant que pour ces textes très techniques, les députés sont demandeurs de documentations précises. 

 Les ONG n’ont pas les mêmes méthodes… 

 Ni les mêmes moyens financiers. Leur action est beaucoup plus démonstrative et tapageuse. Elles ont surtout une influence médiatique sur une partie de l’opinion déjà convaincue. Mais ça change et la loi Climat sera peut-être l’occasion pour les ONG, les acteurs de l’économie sociale et solidaire, de structurer leur travail d’influence. Des initiatives, comme celle de l’association GreenLobby, tentent de coordonner les organisations qui veulent que la loi ne s’éloigne pas trop des conclusions des 150 Français de la Convention climat. Il s’agit de travailler à la façon des lobbyistes, d’être en alerte permanente sur l’état du débat en commission, avec la rédaction d’amendements prêts à l’emploi. Leur idée est aussi de submerger les députés, non pas à Paris mais dans leur circonscription -comme le font les activistes américains-, de demandes (sur des objectifs bien identifiés) signées par un nombre important d’électeurs ou de responsables de corps intermédiaires, de commerçants et patrons locaux ou nationaux, soucieux de la transition. Une démarche plus populaire sur des thèmes qui touchent la vie quotidienne et l’avenir de chacun. S’il est bien un domaine en pleine ébullition (et qui ne répond pas aux schémas idéologiques classiques), c’est bien celui de l’écologie. Ce peut-être aussi le sujet du retour à la politique des citoyens avec des nouvelles formes de militantisme et d’influence à inventer.  

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