Jacques Chirac présidera cet après-midi au Panthéon la cérémonie d'hommage de la Nation aux quelques 2700 Justes de France. Une nouvelle occasion pour le président de revenir sur l'Histoire de France. C'est son fil à plomb. Ce qui fait la cohérence de l'homme; et bien la seule, grimacent ses opposants, la seule qui importe et qui en fait un grand homme, rectifient ses thuriféraires. Quand il sera temps de se retourner sur son propre passé, Jacques Chirac pourra incontestablement sans rougir, assumer sa place dans la lignée des présidents de la 5ème république, comme celui qui a réconcilié la France avec son histoire, ou plus exactement avec la mémoire de son histoire, et tout particulièrement de son histoire contemporaine. Sans doute est-il arrivé au moment idoine. Jacques Chirac a fait la guerre d'Algérie, mais il était trop jeune pour s'engager dans le conflit de la Seconde guerre mondiale. Et si De Gaulle a eu pour mission essentielle, dès la fin de la guerre, de pardonner pour permettre la réconciliation, si Mitterrand par son passé tortueux pouvait difficilement assumer un travail de clarification de l'Histoire, c'était finalement, générationnellement en quelque sorte à Jacques Chirac, d'assumer cette responsabilité. Ce qui n'enlève rien à la dimension personnelle de son engagement à vouloir éclairer, accepter et pacifier le passé français. Car presque 12 ans plus tard, les mots prononcés le 16 juillet 95 sur les lieux de la commémoration de la grande rafle du Vel d'Hiv, résonnent encore à nos oreilles. "Oui la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'état français. La France ce jour là, reconnait pour la première fois Jacques Chirac, accomplissait l'irréparrable" En janvier 2001, dans la neige d'Auschwitz, il évoque ces camps de la mort "qui restent, dit-il, dans l'histoire des hommes, une immense et terrible déchirure. Le souvenir de l'humanité des vies entières achevées à Auschwitz et Birkenau nous hante; le témoignage de leur existence martyrisée nous oblige." Il nous "oblige"... voilà sans doute la clef du credo de Jacques Chirac. Etre moins dans la repentance, que dans la volonté de ne pas laisser dériver le présent. Il lie, à chaque intervention sur l'Histoire, horreurs d'hier et refus de l'intolérance, du racisme et de l'antisémitisme aujourd'hui. Alors en près de 12 ans de mandat, il aura reconnu la responsabilité de l'état français dans la déportation des juifs, instauré une journée de commémoration de l'abolition de l'esclavage, rendu l'hommage de la Nation au capitaine Dreyfus, apaisé la polémique sur la colonisation. Aujourd'hui, en faisant entrer au Panthéon de la République la mémoire des Justes de France, ces héros ordinaires qui firent l'honneur de notre pays, Jacques Chirac tourne une page lumineuse de notre histoire après en avoir exploré les plus sombres. Comme une boucle qui se boucle. En ce début de campagne électorale pleine de "remugles" il n'est pas inutile de rappeler qu'un président, ça sert aussi à ça.

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