**C’est l’un des suspenses des prochaines élections régionales : le poids du Front National.Oui mais alors ne comptez pas sur moi pour faire un pronostic là dessus. S’il est un domaine où l’on se trompe toujours c’est celui de la prévision des scores du FN… La politique a ceci d’assez réjouissant que les spécialistes de la chose (les « experts en la matière » comme on disait autrefois, dont je suis sensé faire parti) sont ceux qui se trompent le plus dans le domaine de la voyance électorale. Donc, où en est le FN ? Je n’en sais rien. Bon ben à demain alors……Je vais quand même continuer en me repliant sur un sondage intéressant de la SOFRES qui mesure, régulièrement, non pas les intentions de vote mais l’évolution de l’adhésion des français aux idées du Front National. Et l’on sait qu’adhérer aux idées du FN et voter pour le FN n’est pas forcément la même chose. L’étude de la Sofres est parue dans le Monde la semaine dernière. Les chiffres sont impressionnants. En 2006, 59% des français trouvaient encore qu’il y a trop d’immigrés en France. En 2010 ils ne sont plus que 44% de cet avis. Ils ne sont plus que 17% d’accord avec le concept de « préférence nationale » alors que c’était une idée majoritaire il y a quelques années. Une autre étude récente montrait qu’il y avait désormais plus de français favorables à une plus large régularisation des sans papiers que de français favorables à plus d’expulsions. Les français sont de plus en plus ouverts même si les problèmes de discrimination sont toujours importants et douloureux. Pourquoi cette évolution ?Alors dans la majorité on vous dira que Nicolas Sarkozy a su parler de ces questions avec les mots du peuple et a su montrer à l’opinion que les problèmes d’immigration étaient désormais pris à bras le corps sans tabous. L’idée assez répandue est que Nicolas Sarkozy a siphonné les voix du FN en donnant à ses électeurs le sentiment qu’ils étaient enfin écoutés par la droite classique. Certains à gauche pouvaient répondre que cela banaliserait les idées de l’extrême droite. On voit qu’il n’en est rien puisque le racisme recule. Mais on pourrait bien aussi penser que les politiques, de droite d’extrême droite et de gauche ne sont pas pour grand chose dans cette évolution. La France est de plus en plus tolérante parce qu’elle est de plus en plus multicolore. En fait, la façon dont Nicolas Sarkozy dit qu’il a fait chuter le FN grâce à sa stratégie rappelle la façon dont les socialistes disaient (et disent toujours d’ailleurs) que c’est François Mitterrand qui a fait chuter le PCF alors qu’en même temps, partout dans le monde, le communisme s’écroulait. Prétention naïve ou application de la fameuse maxime de Jean Cocteau selon laquelle quand on ne maitrise pas les événements il faut feindre de les avoir organisés. Sarkozy avec le FN et Mitterrand avec le PC sont un peu comme l’un des personnages du film « un monde sans pitié », qui pour impressionner les jeunes filles les installaient devant sa fenêtre d’où l’on voyait la tour Eiffel. A minuit pile il claquait dans ses doigts et la tour Eiffel s’illuminait. La France est moins raciste parce que son modele intégrateur basé sur l’individualisme positif qui refuse encore l’organisation en communautés a toujours quelques vertus. Il y a un autre indicateur qui prouve que la société française est de plus en plus ouverte envers la différence. A priori ça n’a rien avoir avec l’immigration mais en réalité les courbes de la tolérance envers la diversité ethnique et celle de la tolérance vis-à-vis de l’homosexualité se suivent. Et toutes les études montrent un recul spectaculaire de l’homophobie. Le RPR et l’UDF combattaient violement le Pacs en 2000. L’UMP d’aujourd’hui le renforce. Le débat maintenant se focalise sur l’homoparentalité. Thème encore tabou il y a à peine 10 ans. Le recul de tous les racismes est réel, on ne le perçoit pas toujours à l’œil nu parce que notre tolérance au racisme baisse aussi. Mais ce sont certainement les grands mouvements de la société plus que les discours des politiques qui en sont la cause.**

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