**Vous revenez sur l’affaire du Mediator et sur les mesures que compte prendre le gouvernement...Oui, on est assez souvent critique avec les rapports en tous genres qui finissent par caler les armoires des ministères, on souligne assez les effets d’annonce sans lendemain, les fausses grandes réformes claironnées, les politiques de civilisation suivies de …rien, les plans Marshall dont personne ne voit la couleur, des ruptures qui n’en sont pas, les « vous allez-voir ce que vous allez voir » sarkoziens. Pour pouvoir souligner ce qui ressemble à une vraie batterie de mesures complètes. Le rapport de l’IGAS mené promptement par Aquilino Morelle, haut-fonctionnaire, médecin, Enarque, homme de gauche, ce rapport très sévère pour les laboratoires Servier, pour l’agence française des produits sanitaires et, en annexe, vous l’avez dit, pour les ministres de la santé, ce rapport sera suivi d’effets et pris en compte par le gouvernement. Ce que propose Xavier Bertrand a l’air d’être à la hauteur. On devrait être vite fixé. Le fonctionnement de l’agence française de sécurité sanitaire va être profondément remanié. Il sera financé intégralement par l’Etat qui recevra une redevance de l’industrie pharmaceutique alors qu’aujourd’hui il est financé par les labos à 80%. Xavier Bertrand, vous l’avez entendu hier, veut responsabiliser l’industrie pharmaceutique qui devra, elle-même, démontrer l’apport positif d’un médicament. Tous les membres des cabinets ministériels (qu'ils s'occupent de médicaments ou pas) devront déclarer leurs éventuelles positions de conflits d'intérêts avec des laboratoires. Toutes les conventions passées entre les médecins et les marchands de médicaments devront être publiques et consultables. Est-ce suffisant?En tout cas c’est exactement ce que réclament l’opposition et les associations de consommateurs. C’est assez rare pour être souligné et ça peut faire consensus. L’industrie pharmaceutique, richissime, influente, arrogante va sans doute tenter de faire pression pour que ces mesures soient diluées, amoindries, édulcorées comme un vulgaire placebo pour l’opinion. L’industrie pharmaceutique, accusée par l’IGAS d’avoir anesthésié les différents acteurs du système de santé doit être matée. Elle a de nombreux relais à l’Assemblée et à l’UMP. Le ministre de la santé dit d’ailleurs en privé ressentir déjà les effets de ce jeu d’influence et ce lobbying. Un chantage à l’emploi va être tenté : « vous fragilisez l’une des industries les plus florissantes du pays », voila ce que l’on va entendre de la part des défenseurs des labos (propos qui étaient ceux là même du chef de l’Etat il n’y a encore pas si longtemps). Il faudra donc suivre le processus d’élaboration de la loi et aussi des décrets avec attention. Pour l’instant la détermination réformatrice semble véritable. C’est d’ailleurs un bon calcul politique parce que sur ces sujets aucune faiblesse, aucune indulgence envers ceux qui pourraient être à l’origine d’affaires comme celle du Médiator ne serait comprise par l’opinion. Si le gouvernement ne donne pas l’impression tout de suite d’aller au bout, le plus loin possible, aussi loin que les jusqu’au-boutistes, il sera toujours accusé de vouloir protéger une industrie amie et de se compromettre, alimentant un « tous pourris » toujours prêt à s’épanouir. CInq millions de personnes ont pris du Médiator, ça fait au moins vingt millions de personnes inquiètes. C’est une bombe politique potentielle. Nicolas Sarkozy et Xavier Bertrand l’ont bien compris. La désamorcer au plus vite oblige à se brouiller avec les labos et en particulier avec le sulfureux et peu recommandable Servier, patron sans vergogne, pourtant ami lucratif du RPR puis de l’UMP.**

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.