Hier, François Hollande était à Gandrange qui est devenu un lieu symbolique pour l’opposition.

Oui, Gandrange est maintenant le marqueur noir des promesses non tenues et François Hollande, échaudé par l’expérience de Nicolas Sarkozy s’est bien gardé de promettre quoique ce soit de trop spécifique sur ce site. Du coup, il est flou. Les candidats à la présidentielle 2012 sont dans cette situation : s’ils promettent, on ne les croit plus, s’ils ne promettent pas, ils sont flous ! Le statut, de la promesse électorale a changé. Jusqu’ici on avait toujours l’impression qu’il y avait une forme d’indulgence pour ceux qui ne tenaient pas leurs promesses. L’invocation de la crise ou un minimum de mea-culpa suffirait à se faire pardonner. Jacques Chirac et François Mitterrand ont bien été réélus ! Les promesses auraient donc peu d’importance, « elles n’engagent que ceux qui y croient » selon le célèbre mot d’un penseur humaniste du XXème siècle : Charles Pasqua. La réalité est autre. Mitterrand et Chirac se sont faits sévèrement sanctionnés aux législatives de 86, 93 et 97. Nicolas Sarkozy, du fait du quinquennat, n’aura pas eu à passer ce cap. Ce qui rend sa tâche plus ardue pour mai prochain. La durée de vie d’une promesse électorale a d’ailleurs largement évoluée ces dernières années avec l’apparition d’Internet. La mémoire politique, le souvenir des mots prononcés par les candidats s’est considérablement démocratisé et toutes les anciennes paroles des prétendants à l’Elysée sont disponibles par un clic pour tous les citoyens et à fortiori pour tous les journalistes sur n’importe quel sujet. Nicolas Sarkozy a beaucoup promis mais il subit un rappel incessant de ces promesses que ne subissaient pas ces prédécesseurs.

Mais s’agissant de Gandrange, la promesse de sauver le site n’était pas une promesse électorale, Nicolas Sarkozy était déjà Président !

Oui et c’est une circonstance aggravante parce que si l’on admet que le candidat aille un peu loin dans ses promesses, que les crises, la pesanteur des structures, des contraintes extérieures aient été sous-évaluées…cette relative magnanimité populaire ne s’applique pas pour un président en exercice. Un président ne promet plus, il fait. Mais Nicolas Sarkozy, président a continué à se comporter en candidat. C’est, sans doute sa plus grande erreur politique. Ce n’est pas pour rien que la représentation classique, du chef de l’Etat ou de tout d’un élu, c’est celle de l’inauguration. Sous la IIIème, la IVème et au début de la Vème république, 90% de la couverture journalistique de l’activité du président consistait à le montrer découpant des rubans tricolores pour le lancement d’un bateau, l’ouverture d’une zone industrielle. Le président est là quand la promesse est réalisée ! (on n’inaugure pas une annonce). Le Général de Gaulle avait caricaturé ces images en parlant « d’inauguration de chrysanthèmes ». Il voulait souligner le manque de pouvoir de l’exécutif sous la IVème. Ce n’était pas l’inauguration qu’il critiquait mais les Chrysanthèmes. Le chef de l’Etat est élu pour réaliser et plus pour promettre. En allant lui-même à Gandrange, Nicolas Sarkozy pensait peut-être qu’il faisait une simple promesse et que le fait de s’activer pour tenter de la réaliser suffirait. « Les Français veulent que je mouille ma chemise », dit-il souvent. En réalité quand on est Président, ce que l’on dit n’est plus entendu comme une promesse mais comme une commande ferme. Si ce n’est pas réalisé ce n’est pas une promesse non tenue, c’est la parole de l’Etat qui est en cause. Le prix politique est beaucoup plus cher à payer.

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