Les autorités françaises parlent de cette guerre avec un vocabulaire très précis. Il y a des termes à ne surtout pas employer…

Oui, la guerre ne remplace pas tous les mots des diplomates par les armes des soldats. Le discours qui accompagne et justifie l’opération militaire doit répondre à certains codes. C’est ce que l’on appelle « les éléments de langage ». La pratique des « éléments de langage », a été importée par les communicants dans les autres domaines de la politique pour rationaliser et baliser le message. Mais à la base, c’est un procédé utilisé en diplomatie… le domaine de l’action publique ou chaque mot peut avoir des conséquences infinies…. Pour parler de cette guerre, il faut donc utiliser les mots appropriés et compatibles avec les buts de guerre. Il s’agit déjà d’éviter certains termes pour dire d’abord ce que cette guerre n’est pas. Ce n’est pas une guerre néocoloniale, et ce n’est pas une guerre des civilisations ; ce n’est d’ailleurs pas une « guerre » tout court. Les autorités françaises éviteront donc le mot « guerre » (préférant « opération » ou « lutte ») parce que « guerre » c’est deux pays qui s’affrontent, c’est Clausewitz, c’est une ligne de front, des émissaires, des déclarations de guerre, des traités de paix. Là rien de tout ça. Cependant, refuser obstinément le mot « guerre », comme la France le fit pendant des années après la guerre d’Algérie, aurait quelque chose d’absurde et d’hypocrite parce que la guerre, dans son acception la plus générale, ce sont des militaires qui se battent, des territoires conquis sur l’ennemi, des morts et des blessés. Et à l’évidence, on y est !

Mais on dit à propos de cette intervention au Mali : c’est une « guerre contre le terrorisme ».

Les commentateurs le disent mais les diplomates français et l’Elysée préfèreront dire que c’est une guerre « contre des groupes terroristes ». Nuance ! C’est un petit détail qui a son importance parce que « guerre contre le terrorisme » donne un statut d’ennemi au terrorisme comme si c’était une organisation en elle-même, une entité. Le terrorisme en tant que tel pourrait devenir une patrie imaginaire que certains voudraient rallier. Ça renvoie à la guerre des civilisations qu’inspirait le discours de George Bush. La « guerre contre le terrorisme » c’est une croisade alors que la lutte, ou la guerre contre « des groupes terroristes », ce sont des opérations ponctuelles contre une forme de grand-banditisme sur fond de fanatisme. Tout est dans la façon de qualifier l’ennemi. Dans sa lettre à François Hollande, par laquelle il demande l’aide de la France, le président malien Traoré parle de « narco-djihadistes ». La diplomatie française reprendra ce terme et évitera aussi la « guerre contre l’islamisme »… pour ne pas fustiger une religion. Rien dans les termes ne doit aussi laisser penser que cette opération s’inscrit dans le cadre de la Françafrique. Bien des conflits sont légitimés par cette phrase: « la France défend ses intérêts »… rien de tout ça dans les raisons invoquées ici. « La France ne défend pas un régime ami, ni des ressources » nous dit-on. Elle défend dans l’urgence la sécurité d’une sous-région et fait en sorte que ce soit, très vite, les Africains eux-mêmes qui aident le Mali à recouvrer sont l’intégrité. Tout comme les soldats français tâtonnent, sur le terrain, dans ces opérations d’un nouveau genre, le pouvoir politique doit donc, au jour le jour, inventer une nouvelle façon de qualifier ce conflit…condition (certes pas suffisante) mais nécessaire pour continuer de rendre acceptable ce qui restera, quoiqu’on en dise, … une guerre.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.