Cette semaine, l’historien Benjamin Stora remettra à Emmanuel Macron ses recommandations pour, je cite, ‘réconcilier les mémoires’ sur la colonisation et la guerre d’Algérie.

Bientôt un rapport de Benjamin Stora pour ‘réconcilier les mémoires’ sur la colonisation et la guerre d’Algérie. Ici un combattant de l'ALN en 1962
Bientôt un rapport de Benjamin Stora pour ‘réconcilier les mémoires’ sur la colonisation et la guerre d’Algérie. Ici un combattant de l'ALN en 1962 © Getty / REPORTERS ASSOCIES/Gamma-Rapho

Le but est d’en finir avec ce poison lent des mémoires séparées qui alimentent des compétitions victimaires des deux côtés de la Méditerranée. Ce poison est l’un des carburants du racisme comme de l’islamisme et des replis identitaires  ! 

La colonisation fut un crime, une faute civilisationnelle terrible. Pourtant, certains continuent de prendre comme argument les routes, les ponts construits par les colons pour entretenir le mythe de ‘l’Afrique c’était mieux avant’

D’autres, notamment en Algérie, pour masquer leur propre prévarication, continuent à mettre leurs difficultés sur le dos de la colonisation d’il y a 60 ans.  Benjamin Stora propose de tenter de réconcilier les mémoires. En France déjà. Les commémorations de ce qu’il s’est passé en 1961 et 1962 vont aller bon train en 2021 et 2022. 

Le risque, c’est que, comme d’habitude, chacun, pieds-noirs, harkis, anciens combattants, enfants d’immigrés, célèbrent, qui des victoires, qui des défaites… que tous commémorent DES massacres et non pas LES massacres. 

D’autre part, notre génération de républicains ne peut décemment pas demander aux descendants d’immigrés de vibrer pour les valeurs de la république si celle-ci ne reconnait pas ses crimes passés.   

Mais les derniers présidents ont déjà condamné la colonisation dans plusieurs discours ! 

Oui mais l’idée n’a pas complètement pénétré la société. 

François Mitterrand fut un ministre de l’intérieur et de la justice répressif pendant la guerre d’Algérie. Il n’a rien fait en tant que président si ce n’est d’amnistier les généraux félons pro-Algérie française ! 

Jacques Chirac fut le premier, en 2003, à Alger à proposer de regarder l’histoire en face. Sa propre majorité y avait vu un début de repentance coupable et avait ruiné l’initiative en votant en 2005 un texte anachronique affirmant le rôle ‘positif de la colonisation’

Puis en 2007… Nicolas Sarkozy prononça ces mots très forts à Constantine, je cite : ‘le système colonial était injuste par nature et ne pouvait être vécu que comme une entreprise d‘asservissement et d‘exploitation’… Mots sans équivoques mais ruinés, là aussi, en 2010, par lui-même cette fois, pour des raisons de politique intérieure, avec le débat sur l’identité nationale qui ne laissait pas place au regard lucide sur notre passé. 

François Hollande puis Emmanuel Macron ont aussi condamné clairement le système colonial… 

Mais il reste chez nous, sur ces sujets, une mémoire tronquée et sélective toujours vivace. 

L’argument de la domination postcoloniale, utilisé ad nauseam par ceux qui critiquent l’universalisme républicain, ne pourra être efficacement combattu que quand la société française admettra (comme un fait acquis) que la colonisation fut tout simplement un crime. 

Jaurès et Clemenceau le disaient déjà ! Nous avons vraiment le recul de l’histoire pour le confirmer. Le rapport Stora devrait nous y aider. Pourvu qu’il ne soit pas enterré. 

Un signe fort du premier président né après la guerre d’Algérie serait, par exemple, de proposer la panthéonéisation de l’anticolonialiste Gisèle Halimi.    

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