Nouvelle journée de mobilisation hier contre la réforme des retraites et pour la défense des 35 heures. Comment vit-on cette pression syndicale à Matignon ? Les défilés de manifestants passent rarement par Matignon et pourtant, Matignon dans ces moments de tensions sociales n'est rien d'autre qu'une tour de gué de laquelle on scrute l'horizon du pavé parisien, et où à chaque manif, on se demande, "ça passe ou ça casse" ? Alain Juppé avait malencontreusement théorisé le seuil du million pour commencer à trouver ça sérieux. Jean-Pierre Raffarin avait soutenu "ce n'est pas la rue qui gouverne", Dominique de Villepin a longtemps cru que la majorité silencieuse des lycéens et étudiants aurait raison des anti CPE dans la rue. François Fillon lui ne théorise guère publiquement et a largement laissé sur le devant de la scène ces dernières semaines, son ministre du travail Xavier Bertrand se dépêtrer avec les syndicats. Jeudi dernier, il est tout de même monté en première ligne pour une longue émission télé où il a essayé de faire la pédagogie de ses réformes. Nicolas Sarkozy l'a appelé pour lui dire "il parait que tu as fait une émission formidable". Vous apprécierez le "il paraît". En tout cas, à l'abri dans sa tour de gué, François Fillon reste impavide. La mobilisation d'hier ? Moins forte que la dernière fois de l'avis de tous. Ne croyez pas que François Fillon triomphe, mais enfin, s'il osait, il le dirait, il s'y attendait à cet épuisement syndical. Tout simplement parce qu'il est convaincu : 1 / qu'il fait exactement ce qu'il avait dit qu'il ferait, sur la base d'un débat tranché pendant la présidentielle. 2 / qu'il a effectivement gagné la bataille idéologique et que les Français acceptent l'idée des réformes menées, avec enthousiasme ou résignation, mais ils l'acceptent. Matignon défend avec énergie le rythme de celles ci ; persuadé depuis toujours que les réformes d'un quinquennat se font tout de suite ou jamais, François Fillon n'est pas loin de penser que celles qui sont en cours aujourd'hui sont déjà presque en retard. L'assouplissement définitif des 35h présenté ce matin en conseil des ministres, et objet de l'ire syndicale n'aura pas d'effet avant 18 mois. On sera déjà à mi quinquennat. Lui, le spectateur agacé du zapping électoral permanent se sait comptable du bilan de 2012. Du coup, François Fillon est capable de s'énerver quand il entend qu'il a fait une mauvaise manière aux syndicats en légiférant sur les 35H quand, dans le même temps, le mot d'ordre était le dialogue social. "Faux de dire qu'ils se sont emparés du sujet, dit-on à Matignon. Ils n'ont fait qu'écrire une ligne sur la question, pour dire on a coché la case, touchez à rien, franchement c'était pas sérieux". François Fillon s'est battu pour que le texte soit voté avant l'été. Sur la carte des restructurations militaires à venir, qui va être bien plus saignante que la carte judiciaire, reconnait-on à Matignon, même détermination. François Fillon entend bien concéder quelques aménagements, mais ce qu'on ne décide pas aujourd'hui, coûterait 5 à 6 milliards d'euros par an. "Irresponsable" entend-on, de remettre à plus tard de telles réformes. Voilà, avancer et avancer vite, cela reste le mot d'ordre à Matignon. D'autant plus d'actualité que la mobilisation des salariés n'a pas été à la hauteur des espérances syndicales. Du haut de sa tour de gué, François Fillon peut continuer pour l'instant à dire : ça passe. "Il n'y a aucune garantie de tranquillité dans cette fonction, aime-t-il à répéter, pas plus que de stabilité d'ailleurs." Mais si le temps devait se précipiter pour lui aussi comme on lui prédit régulièrement, François Fillon adorerait pouvoir répéter, "les seules réformes dont on se souviendra dans le quinquennat Sarkozy, ce seront les miennes."

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