L’Assemblée examine, en ce moment, le texte sur la transparence de la vie politique. On entend beaucoup dire que ce projet est un recul par rapport aux ambitions affichées par François Hollande !

Et c’est vrai c’est un recul, mais un recul sur un projet qui constituait une énorme avancée ! Donc… l’état actuel du texte constitue toujours une avancée bien que moins importante que prévue…. Ce n’est pas clair ? Eh bien c’est le résultat d’un formidable ratage en matière de communication de la part de la majorité. En réalité, si l’on pose tout à plat, on se rend vite compte que le gouvernement s’apprête à faire passer un texte dont le contenu constitue un réel progrès. Un bon en avant impressionnant. Une grande partie de ce que réclament depuis longtemps les associations anti-corruption s’y trouve, même largement remaniée sous la pression du groupe socialiste qui disait redouter le voyeurisme. Ne manque plus en effet que la publicité des déclarations de patrimoine d’élus. Mais ce qui est important, au-delà de la possibilité pour chaque citoyen d’aller consulter ces déclarations en préfecture, c’est le pouvoir et les moyens enfin donnés à la future haute autorité de la transparence de la vie publique. Cette institution pourra enquêter, en faisant appel aux services fiscaux, afin de décortiquer les cas douteux. Et puis il y a la principale avancée… la déclaration d’intérêt des élus qui détaille les autres activités rétribuées du parlementaire et de sa famille. Cette déclaration-là sera sur Internet et devrait permettre de prévenir bien des conflits d’intérêts. François Hollande, en annonçant plus que ce qu’il pouvait en obtenir de la part de sa majorité, mais aussi, sans doute, plus que ce que le Conseil constitutionnel pouvait laisser passer, avait simplement cédé à la tentation des effets d’annonce prématurés, tels qu’il les dénonçait il n’y a pas si longtemps.

Certains pointent le risque de la dictature de la transparence !

C’était notamment le cas des patrons de l’UMP juste après les annonces tonitruantes du Président. Maintenant que les socialistes ont obtenu des aménagements, l’UMP dénonce le « mi-chèvre mi-chou et la reculade »… c’est assez gonflé concernant un sujet pour lequel l’UMP a toujours brillé par son amour du statu quo aussi opaque que les lunettes noires de Patrick Balkany. Seuls les écologistes proposent depuis longtemps une transparence totale. Quand, dans divers débats, des journalistes ou des associations qui luttent contre l’opacité du monde politique réclamaient, ne serait-ce que la moitié de ce qui est concédé ici, les professionnels de la politique et, aussi des éditorialistes, confits dans la connivence, hurlaient au loup et à la dictature de la transparence. Mais c’était avant Cahuzac… Les promoteurs de la transparence mais aussi de sujets encore insuffisamment traités comme la traçabilité lors de la fabrication des lois, c'est-à-dire le contrôle du lobbying, sont généralement présentés comme des ayatollahs, des puritains ou des inquisiteurs. La réalité c’est que beaucoup d’élus ont peur que leurs électeurs les trouvent trop riches, donc forcément malhonnêtes, ou trop pauvres donc forcément loosers. Or, la situation délétère actuelle, la suspicion généralisée du « tous pourris » est, d’évidence, plus due à l’opacité dans laquelle nous vivons que dans la relative transparence à laquelle ce projet de loi aspire !

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