Manuel Valls, hier à l’Assemblée, répondait à une question du député UMP Hervé Gaymard. Gaymard soulignait que l’anti-sarkozysme ayant tenu lieu de programme à la gauche, ces dernières années, celle-ci s’était abstenue de travailler sur le fonds. Et le Premier ministre a repris cette critique en disant « je vous rejoins sur ce point, l’anti-sarkozysme ne peut pas tenir lieu de programme ». Ce n’est pas la première fois que Manuel Valls fait cette critique implicite de son camp. En la répétant hier, il suggérait une autre idée, largement répandue à gauche : ce n’est pas François Hollande qui a gagné, mais bien Nicolas Sarkozy qui a perdu ! Bon, c’est vrai, pour que l’un gagne, il faut bien que l’autre perdre. Pourquoi se lancer dans une réflexion du type « l’œuf ou la poule » ? Tous simplement pour souligner que la gauche est au pouvoir, non pas par mouvement de la société vers elle, mais bien du fait du rejet d’une façon de gouverner. Nous voilà, encore une fois, au cœur de la logique présidentielle, plaie de la vie politique française. Cette critique est aussi un argument de poids pour Manuel Valls. Il dit, en creux aux socialistes, et notamment aux réfractaires, ceux qui souhaitent pousser le curseur plus à gauche : « écoutez, nous sommes là par défaut, n’en demandez pas trop si vous ne voulez pas que l’opinion nous tourne définitivement le dos».

Il justifie ainsi au prés de son parti, son positionnement modérément à gauche !

Exactement. Une droite renouvelée et qui pense forcerait les députés socialistes à plus de cohérence. Mais comme la droite est absente pour cause de changement de propriétaire, l’extrême-droite pour cause de problèmes familiaux, le débat, qui dans une démocratie vivante a toujours horreur du vide, est organisé, ces derniers jours, au sein même de la majorité, entre les députés réfractaires socialistes et les ministres. Ce qui n’est finalement pas très propice à l’adéquation du débat à l’état de la société! Et ce n’est pas l’annonce du retour de Nicolas Sarkozy qui laisse présager une hausse de la qualité de ce débat. Ce ne sont pas des idées qui reviennent (qui peut définir précisément le sarkozysme en terme idéologique ou programmatique ?) mais une personne, une façon de faire de la politique, à l’emporte-pièce. Et pour s’y opposer : l’anti-sarkozysme ! Avec toujours son cortège de réactions épidermiques. Le sarkozysme et l’anti-sarkozysme hystérisent la vie politique ! Il faut dire que l’ancien président y met du sien pour se caricaturer. Les révélations de Médiapart sur les millions dissimulés pendant la campagne de 2012 achèvent d’alimenter l’anti-sarkozysme. Pas une semaine sans qu’on nous révèle les confidences vachardes de l’ancien président à propos de la terre entière et sa surestimation de lui-même. Mais ce qu’il y a de nouveau c’est que Nicolas Sarkozy est en train d’alimenter un nouvel anti-sarkozysme, un anti-sarkozysme de droite, interne à l’UMP. Celui-ci risque de produire les mêmes effets d’éteignoir de réflexion de fond au sein de sa famille ! Il suffit d’écouter les arguments des sarkozystes historiques, comme Nadine Morano (la trompette sarkozienne la plus pétaradante et la plus mal embouchée) pour comprendre que le nouveau sarkozysme, et son corolaire, l’anti-sarkozysme ne promettent pas de produire ce qu’il y a de plus passionnant ou de plus enrichissant dans notre vie politique !

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