Les médias savaient, ils n’ont rien dit ! Le vieux débat renaît...Ce débat est tout à fait légitime au regard du choc que constitue cette affaire. Donc prenons le cas Strauss-Kahn. Que savions-nous de plus que le grand public, nous journalistes politiques, il y a trois jours ? Et qu’aurions-nous dû dire de plus ? Que DSK était un séducteur ? c’était écrit partout, que Dominique Strauss-Kahn était un dragueur impénitent, parfois insistant ou compulsif, c’était une évidence mais ce n’est pas un crime, c’est un trait de caractère qui a aussi été décrit dans des livres, des émissions ou dans des sketches qui nous ont bien fait rire sur toutes les antennes, ici même ! La question est la suivante : est-ce qu’une journaliste qui, par exemple, interviewant DSK et l’ayant trouvé un peu lourd dans sa façon de tenter sa chance aurait dû dire à ses lecteurs : « DSK m’a dragué » ? Poser la question dans un pays latin c’est y répondre. Non, bien sûr. Il y a un cas, celui de Tristane Banon qui pose problème parce qu’elle affirme avoir subi une tentative de viol. Elle l’a dit dans une émission (sur Paris Première) et finalement n’a pas porté plainte. Il y a certainement eu des pressions (autant familiales que de l’entourage de l’homme politique) mais les journalistes qui ont enquêté sur cette affaire (il y en a, et pas forcément bienveillants avec le patron du FMI) ont tous considéré qu’elle comportait trop d’incohérences pour risquer de salir l’honneur d’un homme. Il ne faut pas oublier, qu’avec l’affaire Baudis, les journalistes français ont leur affaire Outreau, toutes proportions gardées. Les médias savaient par exemple que DSK était infidèle, et on ne l’a pas dit !Oui, et heureusement, l’infidélité en amour n’est pas un crime ni une information politique. Elle n’influe pas sur la façon de gouverner. C’est une affaire entre les époux et leurs amants qui sont tous de grandes personnes. Tout ça n’avait rien à voir avec le crime dont on accuse DSK maintenant. Un crime qui reste à démontrer et qui, s’il était avéré, était absolument insoupçonnable à moins de considérer tous les dragueurs et séducteurs comme des violeurs en puissance ! Certains avaient simplement écrit que sa façon d’être pouvait devenir problématique aux Etats-Unis, société puritaine. Personne ne pensait au viol mais plutôt à une vie volage... La presse française ne dit rien de ce qu’elle peut savoir de la sexualité des hommes et femmes politiques. C’est une de nos spécificités précieuses. Dans un autre registre de critiques et pour défendre le patron du FMI, Bernard-Henri Lévy dénonce un acharnement de la presse. Il a dit ceci, hier à propos des journalistes : « ce sont des tricoteurs au pied de l’échafaud médiatique qui viennent applaudir à la guillotine médiatique. » Un constat en forme d’hallucination de la part du philosophe choqué et sans doute déboussolé par le spectacle de la déchéance de son ami ; mais BHL généralise et confond le ton d’un invité d’une émission tardive à la télé et le ton général de la presse pendant la couverture de ces événements pénibles. En fait, la musique générale des commentaires est peut-être répétitive, parfois sous-informée ou indigente, il abuse certainement d’images passées en boucle mais il est rarement accusatoire. Le comble, c’est que cette tirade sur les tricoteurs et l’échafaud est de nature à nourrir un « tous pourri » que Bernard-Henri Lévy d’habitude est si prompt à dénoncer.

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