« Exemplarité », c’était le mot d’hier, le mot qui a illustré l’installation du nouveau gouvernement.

Oui, c’est le mot imposé par le Président de la République, on a bien senti que la communication était déjà très huilée parce que tous les membres du gouvernement l’ont répété à la sortie du conseil des ministres… Najat Vallaud-Belkacem, la porte-parole, à qui on n’a pas pu poser de questions (mais ça viendra nous dit-t-on) s’en est fait largement l’écho dans une communication très maîtrisée. Mais, « exemplarité », c’était tout simplement devenu une urgence ! Le slogan d’une majorité (et sans doute au-delà) d’une classe politique qui vient de passer plusieurs mois sur le terrain à faire campagne et donc à rencontrer les Français. C’est le mot d’élus locaux (certains ministres qui prennent leur fonction aujourd’hui en sont), le mot d’un personnel politique qui s’est enfin rendu compte de l’exaspération, de la révolte même que pouvaient susciter certains comportements à la tête de l’Etat ou dans certaines collectivités locales. La progression de la défiance envers les politiques a été fortement ressentie, bien au-delà du score du Front National, par tous ceux qui, pour leur candidat à la présidentielle, faisaient du porte-à-porte et arpentaient les marchés. La nature des interpellations de la population rencontrée pendant toute la campagne, la nature de l’expression populaire, les lettres adressées aux élus, le ton souvent acrimonieux dans les permanences ne laissent aucun doute sur ce que pensent les Français du monde politique.

On voit bien qu’il s’agit aussi de faire de l’anti bling-bling pour se distinguer du pouvoir sortant !

Si ce n’était que ça, ce serait une faute politique. Voilà pourquoi, sans faire dans l’inquisition ni jouer en permanence au « monsieur propre » ou au père la vertu, il nous faudra, nous la presse, mais aussi le monde associatif qui s’intéresse à ces questions (bref les contre-pouvoirs non institutionnels), continuer à nous intéresser à ces sujets et pas simplement le jour de l’installation du gouvernement. Il s’agit vraiment de recrédibiliser le monde politique, les élus et les ministres… Et pour nous, avec le suivi, sur la longueur de ces engagements, il s’agit aussi de recrédibiliser la presse qui n’est pas beaucoup mieux perçue par nos concitoyens parce qu’encore jugée trop connivente. Le Président impose des mesures d’exemplarité qui ne nous sont pas culturellement familières mais qui, en réalité, correspondent à une norme très répandue au regard de ce qui se pratique dans toutes les démocraties voisines et pas simplement dans celles du nord de l’Europe que l’on cite généralement. Refuser les cadeaux trop luxueux, refuser le contact trop compromettant avec des puissances d’argent, avec des intérêts privés, préférer le train plutôt que l’avion quand c’est possible, refuser l’ostentation quand on le peut, être modéré, modeste et simple, réduire le traitement de ministres qui, de toutes façon, vont vivre quelques années sans rien dépenser, déclarer son patrimoine précisément, le rendre public, c’était devenu une nécessité évidente et ça n’a rien à voir avec on ne sait quelle tyrannie de la transparence que certains commencent à dénoncer… Ce n’est qu’un début de rattrapage du retard en la matière, de la norme européenne. Mais, il ne faut pas s’y tromper. Cet affichage nécessaire d’exemplarité a un autre objet. Il faut le coupler, pour bien le comprendre, avec l’audit demandé sur les comptes publics ! Il s’agit bien aussi de préparer l’opinion à des temps difficiles en matière de budget et à une rigueur à venir, à peine avouée, mais presque certaine.

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