Hier le bureau politique de LR (Les Républicains) a adopté à l’unanimité la procédure de vote des Français de l’étranger pour la primaire.

Oui, et cette affaire qui a l’air anecdotique, presqu’une simple question d’intendance, ne l’est pas. La mobilisation de toutes les équipes de tous les candidats pour régler ce point le prouve et révèle la grande fébrilité qui règne autour de la primaire de la droite. De quoi s’agissait-il ? Il y avait un désaccord entre d’un côté Nicolas Sarkozy, qui voulait que les Français de l’étranger ne puissent voter à la primaire que par bulletins de papier, et de l’autre… tous les autres candidats qui voulaient qu’ils puissent voter par Internet. Le BP a trouvé un compromis : là où un vote papier pourra être organisé, il le sera. Partout ailleurs ce sera via Internet. Nicolas Sarkozy, sauve la face et peut affirmer que l’instance dirigeante du parti, sous sa présidence, a obtenu un vote à l’unanimité. Les partisans de Lemaire, Juppé ou Fillon, s’amusent, en privé de cette issue. Ils savent qu’à la fin, devant l’évidence de la complication d’organiser un vote partisan à l’étranger, c’est bien la quasi-totalité des résidents, partout à travers le monde (les Français de Klagenfurt en Autriche ou de Bichkek-Kirghizistan) qui pourront finalement voter par Internet. C’est-à-dire tout ce que ne voulait pas Nicolas Sarkozy au départ. Donc, là encore, comme pour le nombre de bureaux de vote à travers la France, le président de LR s’est fait imposer la règle par ses concurrents.

Et pourquoi Nicolas Sarkozy attachait-il tant d’importance au vote papier à l’étranger ?

Par ce procédé classique, compliqué et couteux à organiser à l’étranger, parfois même dangereux et toujours soumis à l’autorisation très aléatoire des autorités locales, on est assuré que presque personne ne voterait. D’ailleurs, alors que les socialistes avaient réuni près de 3 millions de votants en 2011 dans toute la France, il n’y en avait eu que 7000 à l’étranger sur les 1,6 million de ressortissants inscrits. Tout se passe comme si Nicolas Sarkozy estimait que ses chances de remporter cette compétition interne étaient inversement proportionnelles au nombre de votants. Il estime avoir la faveur du noyau dur des sympathisants LR alors que ses concurrents bénéficieraient d’une participation plus large. La primaire a ceci de mystérieux : on ne peut pas prévoir la taille et la composition sociologique de l’assiette électorale. On ne sait pas qui se déplacera ! On peut jouer sur le volume des votants en durcissant ou assouplissant les règles de la participation…et on peut tenter de jouer aussi sur la sociologie des votants en imprimant des thèmes spécifiques aux débats. C’est ainsi que Nicolas Sarkozy veut mettre en avant l’immigration et les thèmes identitaires qu’il considère plus favorables pour lui. Il est arrivé à la conclusion que pour maximiser ses chances, il fallait que les votants à la primaire soient à la fois sociologiquement très populaires et quantitativement peu nombreux. Deux impératifs assez acrobatiques et contradictoires, qui expliquent sans doute que la magie Sarkozy, faite d’un mélange de culot transgressif et d’énergie, n’opère plus vraiment. Pour l’instant du moins.

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