Deux informations prises séparément dessinent deux tendances contradictoires de la société.

 Si vous êtes licencié de rugby, ou si vous avez un enfant qui pratique ce sport, vous avez reçu hier (c’est mon cas, mais vous l’avez deviné, plutôt en tant que père de rugbyman) … nous avons reçu, donc, un message de la Fédération Française de Rugby affirmant que tout serait mis en œuvre pour lutter contre l’homophobie et, je cite ‘pour valider l’inclusion des trans-identitaires de genre au sein des compétitions’… Mesurer l’évolution du sport de Spanghero, le colosse, dirigeant d’abattoirs de Castelnaudary, aujourd’hui à la pointe de l’inclusion LGBTQ , c’est se faire une idée – grâce à ce que l’on appelle un signal faible- de l’avancée inouïe, depuis quelques années de la cause homosexuelle et transgenre. Alors que les manifestations massives contre le Mariage pour Tous –signal fort, ou du moins sonore- faisait croire à une recrudescence de l’homophobie, finalement, aucun parti (pas même le RN) n’entend remettre en cause le Mariage pour Tous. L’opinion bouge vite, sans retour. Le bruit de la _Manif pour Tous _n’était pas celui d’une force montante mais le cri d’une idée qui meurt. Voilà qui va à l’encontre de l’impression du moment selon laquelle l’offensive réactionnaire, ou au moins conservatrice, emporterait tout sur son passage. Dans le domaine, au moins, de la tolérance envers l’homosexualité et la transsexualité, le mouvement de la société est très progressiste.  

 Une autre information d’hier semble aller dans le sens inverse… 

 L’association SOS-Homophobie s’inquiète, dans son rapport 2021, de l’augmentation des signalements de violences homophobes au sein de la famille ou du voisinage. Le confinement est une des causes de cette violence, certainement… Pour autant, cette tendance préoccupante, qui ne date pas de cette année, n’est pas le signe d’un regain de l’homophobie, mais plutôt celui de la crispation, au sein du milieu traditionnel que reste la famille. La société dans son ensemble est plus tolérante de façon assez plus uniforme qu’on ne l’imagine, mais ne l’est pas encore partout dans sa cellule de base : la famille ; la tension entre le fait de pouvoir mieux vivre son homosexualité dans ses rapports sociaux et de devoir toujours le cacher dans sa famille (dans les milieux souvent les plus religieux) peut donner l’impression trompeuse d’une dégradation globale. Les militants de la cause, pourtant courageux instigateurs d’une société plus ouverte, expriment cette impression. C’est assez classique et humain : on ne pense pas à apprécier l’immensité du chemin parcouru à mesure que le but se rapproche. C’est un paradoxe qui fausse bien des analyses et explique bien des contestations. Il est établi par la théorie dite ‘de la frustration relative’ de Tocqueville : plus le but que l’on s’est fixé est en vue, plus la distance qui nous en sépare nous parait insupportable. Il faut parfois savoir se retourner pour constater le chemin parcouru : Il faut se figurer à quoi ressemble une réunion de dirigeants de la FFR ! Eh bien, ils ont _‘validé l’inclusion des trans-identitaires de genre au sein des compétitions de rugby’. _2021 n’est pas perdue. 

L'équipe
Thèmes associés