François Bayrou a été battu à Pau dimanche, et le Modem largement balayé par le scrutin municipal. Mais le centre continue de faire bien des envieux. Scènes dignes du grand ouest américain, où vautours et autres charognards tournent autour de leurs proies agonisantes ou mortes. Depuis dimanche, François Bayrou entend voleter au dessus de sa tête, ses oiseaux de malheur, prêts à s'écharper pour se disputer ses restes. Et ils sont beaux ses restes, ce sont évidemment ses électeurs. Moins de 4% certes au niveau national, mais le Modem le répète sur tous les tons, dans les villes moyennes et les grandes villes, là où il était présent, il a fait beaucoup plus, entre 10 et 15% des voix. Alors ses oiseaux noirs, François Bayrou en compte dans ses propres rangs. Hier après les défaite à Pau et ailleurs, le sénateur Jean Arthuis a jugé que les municipales avaient montré "l'échec de la stratégie d'autonomie du Modem". Le député européen, Thierry Cornillet, a qualifié de "suicidaire" cette stratégie, accusant François Bayrou de "sacrifier ses élus pour une chimère présidentielle". Il faut avouer que cette stratégie d'alliances à la carte a été totalement illisible, pire, souvent contre productive. Les ex-amis de François Bayrou se sont montrés les plus "renifleurs" de sang frais. Ceux qui avaient rejoint Nicolas Sarkozy entre les 2 tours de la présidentielle et qui, toute la semaine dernière, se sont rongés les sangs à le voir devenir le centre du jeu électoral avec ses vélléités d'alliance en tout sens, ont poussé un ouf de soulagement après les résultats et invité les "déçus du Modem" à venir les rejoindre au Nouveau Centre. Réplique immédiate du Modem, à qui on ne connaissait pas cet esprit facétieux dans l'épreuve ; s'appuyant sur les défaites de Blois et d'Amiens, il a à son tour invité les déçus du Nouveau Centre à le rejoindre. Mais plus sérieusement, c'est à l'UMP, que l'odeur du sang a réveillé quelques appétits. Il n'a pas suffit qu'en 2002, l'UMP veuille absorber toute la droite française et saigne l'UDF de la plupart de ses élus, pas suffit qu'entre les 2 tours de la dernière présidentielle, cette pompe aspirante dépouille encore un peu plus le noyau dur de la famille bayrouiste, pas suffit semble-t-il si l'on en croit le journal "Le Monde", que Nicolas Sarkozy s'implique personnellement dans la bataille pour faire perdre François Bayrou à Pau. Non, il faut aller plus loin encore et lui donner le coup de grâce. Profitant de son affaiblissement, tous les leaders de l'UMP ont dit la même chose : il est temps de reformer cette grande famille unique de la droite française. Même Alain Juppé qui ne devait plus s'occuper de rien, parle ce matin d'un grand parti de rassemblement ! Jean-Pierre Raffarin estime, lui, qu'il faut créer à l'UMP, un "pôle du centre fort", car l'UMP, dit-il, a été "trop à droite". L'idée, c'est évidemment de répondre au message des électeurs, mais aussi de phagocyter un peu plus encore ce qu'il reste du centre. A gauche, de la même façon, on se dispute sinon le Modem, on ne peut pas dire que les stratégies d'alliances à tout prix et en toute circonstances avec l'appareil réclamées par Ségolène Royal dans un premier temps aient été couronnées de succès, en tout cas les électeurs. Dans les grandes villes, c'est souvent le report de leurs voix qui a fait basculer les municipalités à gauche. Dépecé plus que courtisé encore, mais François Bayrou n'en a cure. Fidèle à son mysticime personnel qui le fait croire à son destin, il poursuit sa route et son chemin. A chaque rendez-vous électoral, il divise ses troupes par 2. Mathématiquement forcément, ça devrait trouver sa limite. Mais au final, l'important est qu'il n'en reste qu'un, pourvu que ce soit lui. Même le hachoir des municipales n'a pas réussi à laminer François Bayrou.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.