Le pape surprend (c’est un euphémisme !) en parlant du sida. Déjà, il y a quelques jours, le Vatican avait surpris en soutenant le cardinal brésilien qui avait excommunié une petite fille de 9 ans, parce qu’elle avait avorté après avoir été violée par son beau père. Avant, il y avait eu l’affaire Williamson, cet évêque anglais négationniste. L'édito politique sur ce sujet avait évoqué le mythe de l’infaillibilité du pape. Plusieurs auditeurs avisés avaient alors envoyé des mails pour rappeler que l’infaillibilité du pape n’était, en réalité, invoquée que dans des cas très précis répondant à des critères qui ne seront pas développés ici. Et de fait, toutes ces démonstrations savantes sur la limitation de la fameuse infaillibilité papale sont confirmées par les dernières déclarations de Benoit XVI : plus de doute, le pape est faillible puisqu'il peut dire n’importe quoi. Le pape dit n’importe quoi sur le sida et ce n’est pas une opinion, c’est un constat. Benoit XVI fait une erreur d’analyse grossière. Reprenons ces propos exacts, tenus dans l’avion hier entre Rome et Yaoundé au Cameroun. Parlant de l’épidémie du sida, il dit « on ne peut pas la résoudre avec la distribution de préservatifs », puis il ajoute « cela accroît le problème ». À la limite, qu’il estime que l’on ne peut pas résoudre le problème du sida que par le préservatif, bon ! Mais qu’il ajoute que la distribution de préservatifs accroît le problème, ça va à l’encontre de près de 25 ans d’expérience de tous ceux qui luttent contre le sida en Afrique et dans le monde. Mais en prônant l’abstinence et la fidélité, le pape n’est-il pas dans son rôle ? C’est ce que l'on dit toujours et de fait, c’est la doctrine de l’église et il n’est pas question de le lui reprocher. D’ailleurs, Jean-Paul II s’était contenté de prôner l’abstinence. Benoît XVI, lui, prône, non pas l’abstinence et la fidélité pour des raisons morales ou spirituelles, mais pour des raisons médicales puisqu’il a aussi prononcé cette phrase hallucinante : « seul un renouveau spirituel permettra de combattre le fléau ». Toutes les études de ceux qui luttent contre le virus ont abouti au constat que les campagnes, religieuses ou non, visant à promouvoir l’abstinence ou la fidélité, n’ont pas eu d’effet du tout sur la propagation du sida. Alors soit il s’agit d’une incroyable inculture papale, soit nous avons à faire à un aveuglement quasiment aussi dogmatique que lors du procès contre Galilée. Benoit XVI nous refait le coup de la terre plate ! Heureusement, la très grande majorité des prêtres et des religieuses, pétris de foi et d'humanité qui, œuvrent sur le terrain, en Afrique, n’écoutent pas le chef de leur église. Sœur Emmanuelle, qui était très loin des ors du Vatican, avouait même avec un large sourire et un haussement d’épaule, qu’elle avait des préservatifs plein les poches et les distribuait à tour de bras. Elle a sauvé des vies là où le pape en met en danger. L’église qui s’est déjà repentie ou reconnaît ses erreurs pour le procès de Galilée, pour l’esclavage, ou pour la passivité et le silence du Vatican pendant le génocide des juifs, devra peut-être, un jour, par la voix d’un pape (un autre pape) faire repentance pour les positions de Benoit XVI, qui aura fait croire que seul un renouveau spirituel peut prévenir le sida. Enfin, ayons une petite pensée pour les pauvres prêtres de France qui doivent se prendre la tête dans les mains en se demandant ce qu’ils vont bien pouvoir répondre à leurs fidèles, dimanche prochain, à propos de la dernière énormité papale.

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