Une action militaire, dans une démocratie, est souvent un sujet de fortes dissensions. L’action de la France en Lybie va peut-être réveiller de vieilles fractures, on ne peut pas encore prédire ce que l’opinion en pensera mais il ne devrait pas y avoir, cette fois-ci, de graves dissensions dans la classe politique. Les frappes aériennes, si tel est bien le cas dans les heures qui viennent, seront l’application du droit international, grâce à la résolution onusienne de cette nuit. La grille de lecture entre les pro et anti-interventionnisme n’est jamais vraiment la même d’un conflit à l’autre. Les partisans de la guerre au Koweït en 90 ne sont pas forcément ceux qui prônaient une intervention musclée contre les Serbes au moment du siège de Sarajevo. Ces clivages ne correspondaient pas non plus à ceux de la guerre en Irak. Les arguments habituels (et souvent justifiés) pour s’opposer à une intervention militaire auront, cette fois-ci quand même du mal à tenir la route. Le premier est celui de la guerre néocoloniale pour renverser un régime qui tient tête aux occidentaux et pour préserver les intérêts de ceux-ci : ça ne tient évidement pas, Kadhafi était devenu notre ami, notre client en armes et notre fournisseur en pétrole. Il était à la tête d’un régime stable et faisait office de garde chiourme très pratique, rempart contre l’immigration clandestine. Cet ennemi juré des islamistes et d’Al-Qaeda était tout à fait utile à l’Occident qui, depuis une petite dizaine d’années, l’avait réhabilité et s’en accommodait parfaitement. Cyniquement, l’Europe aurait plutôt eu intérêt à lui sauver la mise. Second argument généralement avancé : On ne peut pas exporter la démocratie par les armes.Cet argument était servi avec raison aux néoconservateurs américains depuis les années 80/90. Il est validé par ce qui se passe en Afghanistan et en Irak. En Lybie c’est le peuple qui demande la démocratie. Rapidement, prenant la mesure du retard à l’allumage lors des soulèvements tunisien et égyptien, les Français ont eu des mots très forts pour soutenir les insurgés et condamner le colonel Kadhafi. La volonté démocratique vient de l’intérieur et elle a été soutenue oralement d’abord et donc encouragé par l’extérieur. Nicolas Sarkozy et David Cameron ont été les premiers et les plus actifs pour envisager l’intervention et tanner leurs partenaires européens, le G8 et surtout le conseil de sécurité de l’ONU. Le fait que la Ligue arabe emboite le pas à Paris et Londres donne à l’action militaire qui couve, une nature radicalement différente de l’opération américaine de 2003 en Irak. Dernière critique habituelle en France, celle de l’atlantisme. Ce mot est devenu négatif dans le vocabulaire français, car il est synonyme de suivisme (« on n’est pas le caniche des américains »), de soumission à l’Otan, de perte d’indépendance et sous-entend que la France romperait avec son rôle de contre-poids plutôt pro-arabe dans le conflit israélo-palestinien. Rien de tout ça ne tient aujourd’hui. La France, avec la Grande-Bretagne, est à l’initiative et ce sont les Etats-Unis qui se sont ralliés à leur idée. La France a joué le rôle traditionnel que l’on attend d’elle obtenant l’assentiment de la Ligue arabe et en faisant cosigner son projet de résolution par le Liban. Cet épisode diplomatique, qui sera suivi d’un épisode militaire, souligne l’inexistence de l’Europe comme entité mais démontre qu’il y a encore, parfois un bon usage possible de ce que l’on appelait autrefois l’axe-atlantique. Il ne s’agit pas d’imposer la démocratie mais simplement de permettre à un large mouvement de démocratisation, dans le monde arabe, de poursuivre son chemin.

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.