François Hollande bat un record d’impopularité pour un président au bout de dix mois d’exercice.

Oui, la dernière vague est impressionnante. Il faut remarquer, qu’à chaque président, un record est battu après 10 mois (quelque soit le niveau de la crise à ce moment là). Jacques Chirac était moins populaire que François Mitterrand à ce stade, Nicolas Sarkozy était moins populaire que ses deux prédécesseurs et donc François Hollande crève à son tour le plancher. Y a-t-il un effet cumulatif ? Après tout, ça fait quand même trente ans que l’on est en crise, et qu’à chaque élection présidentielle, on nous promet la rupture ou le changement… Ou alors, est-ce la pression sur les politiques d’une opinion désidéologisée qui se fait toujours plus forte dans un monde hyper médiatisé ? La chute de popularité n’est pas à la mesure des attentes déçues (on se fait de moins en moins d’illusions sur le pouvoir réel des politiques) mais plutôt à la mesure du manque d’espoir… Les proches du président tentent de se rassurer en disant que la cote de François Hollande traduit plus le niveau de la crise qu’un jugement sur la personnalité du chef de l’Etat. Ce n’est pas la personne de François Hollande qui est mal aimée, c’est sa politique qui est jugée, pour l’instant, inefficace. Ils y voient une différence avec la qualité de l’impopularité plus personnelle de Nicolas Sarkozy et donc un motif d’espoir de rebond possible. C’est une grande capacité qu’on les politiques : arriver à voir dans les mauvaises nouvelles, les ingrédients de bonnes nouvelles potentielles.

François Hollande peut-il tenter de profiter de cette situation défavorable ?

C’est dans la nature de l’action politique que de procéder ainsi. Il y a même parfois une forme de jouissance masochiste et narcissique à se voir résister dans la tempête. « On le remerciera d’avoir tenu bon » disent ses amis. C’est exactement ce que l’on entendait dans la bouche des proches de Nicolas Sarkozy. C’est donc maintenant qu’il faut réformer. Impopulaire pour impopulaire, autant y aller. L’idée qui se répand, c’est que le fruit (c'est-à-dire l’opinion) est mûr. Mûr pour accepter de repousser l’âge de la retraite, mûr pour plafonner les allocations familiales, mûr pour multiplier les accords de flexibilité de l’emploi. Mûr pour plus de rigueur ! Mais ce n’est pas parce que le fruit est mûr qu’il est forcément ravi de tomber de l’arbre ! Il est simplement capable d’accepter, bon gré -ou plutôt malgré- par lassitude, fatigue ou par une forme de résignation devant l’évidence de la situation… L’opinion trouvera (et trouve déjà) que ce qui est fait est injuste mais pas forcément injustifié. Pour l’instant, les solutions de ruptures radicales proposées par le Front de Gauche ou le FN (si l’on en croit les enquêtes d’opinion et aussi les élections partielles) n’apparaissent pas comme des alternatives aux yeux de la population… pour l’instant du moins. Le Président se retrouve dans la situation que tous les parents d’ados connaissent. Quand vos enfants râlent parce qu’on leur demande de faire leurs devoirs… on en profite pour faire passer d’autres exigences, puisque, de toute façon, ils boudent : « tiens, pendant que tu y es, tu rangeras ta chambre » ! Quitte à se faire détester autant que les choses qui doivent être faites, le soient ! Donc attendons-nous à devoir ranger notre chambre…

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