La mise en place tardive de la circulation alternée révèle la hantise des politiques dès qu’il s’agit de s’attaquer à l’emprise de l’automobile. Et pourtant, hier les franciliens ont joué le jeu. C’est difficile de savoir quelle est la part de la crainte de l’amende et quelle est celle de l’écolo-civisme… mais le constat est là : ça a marché. L’opération d’hier avait un petit air de déniaisement écologique pour le gouvernement : Il était angoissé à l’idée de le faire, il est arrivé en retard… ça été vite fait et maintenant il est à la fois soulagé et pas peu fier ! Gageons que cette expérience lui donnera plus d’assurance pour pouvoir mettre en œuvre la circulation alternée en amont des pics de pollution. Après tout, il parait plus souhaitable de demander à la moitié du parc automobile de ne pas circuler que de demander aux enfants de ne pas faire de sport ! La pusillanimité du politique face à la réduction de la place de la voiture dépend de l’endroit ou il est élu. L’élu parisien sera plus volontiers anti-auto puisque moins d’un parisien sur deux possèdent une voiture mais surtout moins de 10% des parisiens l’utilisent pour aller travailler ! Réduire la circulation automobile dans Paris ou Lyon n’est, contrairement à ce que l’on ne croit, pas très politiquement couteux puisque ça gène plutôt les banlieusards. Les responsables nationaux sont donc en retard sur les élus des grandes villes sur cette question. Oui parce qu’au-delà des intérêts industriels, des lobbies pétroliers, du poids économique mais aussi symbolique de l’industrie automobile française, il y des raisons plus politiques, électorales bien compréhensibles, qui rendent les élus très conservateurs sur la question de la voiture. La voiture, devenu un objet de consommation de masse pendant les trente glorieuses et le symbole de la liberté. Elle a un peu perdu son caractère de vitrine sociale personnelle mais reste, pour beaucoup, un outil essentiel d’autonomie autant que de travail. A gauche, et singulièrement au Parti socialiste (que l’on accuse souvent d’avoir oublié le peuple) il y a une hantise de se couper définitivement de ce que la sociologie politique moderne appelle "les populations périurbaines". Cette classe moyenne et populaire qui habite au bout et au delà des lignes de bus, de métro ou de RER. Une population qui s’est largement équipée de petites voitures diesels aux gré des politiques bonus/malus ou de primes à la casse. Une limitation coercitive de la voiture ou une plus forte taxation du diesel serait vécue par cette population comme une agression, comme une mise à l’écart de plus. Pour la droite les ressors sont à peu près les mêmes. Avec en plus cette idée que la voiture est une sorte de petit sanctuaire de la propriété privée quasiment inviolable. Nathalie Kosciusko-Moriset a été très mal reçu par les barons de la droite parisienne quand elle a proposé d’interdire carrément l’accès de certains quartiers de la capitale aux voitures. On peu résumer le sentiment moyen de l’UMP à propos de mesures comme la circulation alternée par ce tweet de Patrick Devedjian, hier, je cite "Pompidou disait ‘mon programme c’est de cesser d’emmerder les français’ ça a de l’avenir". Globalement les politiques (mis à part les écologistes) sont toujours tétanisés à l’idée de faire râler l’automobiliste…comme ci c’était une catégorie en soi ! C’est étrange parce que l’automobiliste, quand il descend de sa voiture est aussi un homme ou une femme avec des poumons et souvent même des enfants qui eux même ont des poumons !

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.