Vous vous intéressez à l’initiative du maire UMP de Chalon-sur-Saône (approuvée par N. Sarkozy) qui a décidé de ne plus servir de menu sans porc dans les cantines scolaires de sa ville…

Au nom de la laïcité bien sûr. Voici son argumentation, j’ouvre les guillemets « la cantine ne peut pas prendre en compte des considérations religieuses. Proposer un menu de substitution dès lors que du porc est servi, c'est opérer une discrimination entre les enfants». Cet argument représente le type même de confusion volontaire… La laïcité, dans la règle et dans l’esprit, est un équilibre qui doit permettre à chaque citoyen de pouvoir pratiquer sa religion sans que cela nuise à la vie collective. Donner aux enfants la possibilité de ne pas manger de porc n’est pas satisfaire à un particularisme. En revanche, si un maire avait dans l’idée d’accepter que soit servie de la viande hallal, ou casher dans ses établissements scolaires, pour satisfaire une revendication religieuse, là ce serait une atteinte à la laïcité et céder à un particularisme. Proposer des menus sans porc, c’est la pratique la plus courante, qui ne pose aucun problème nulle part. Rompre avec cet équilibre, c’est créer des tensions là où il n’y en avait pas. Ce serait pousser les communautaristes musulmans à demander des menus hallal par affirmation identitaire. Cet équilibre est le même que celui qui dicte que si le voile est interdit à l’école, mesure très largement respectée, l’interdire à l’université aurait plus d’inconvénients que d’avantages. La différence que Nicolas Sarkozy dit ne pas voir est simple : à l’école, on forme des citoyens, à l’université les étudiants sont majeurs.

Le problème c’est que la laïcité doit perpétuellement s’adapter.

Oui, aux nouvelles exigences de la société. L’égalité entre les sexes, par exemple, nous paraît comme une évidence laïque…puisque l’inégalité sexuelle est aussi inscrite dans nombre de pratiques religieuses que certains voudraient imposer à la société. Ça ne l’était pas pour nos parents, même très républicains, qui ne proposaient pas la même éducation pour les filles et les garçons. Il faut donc toujours que la société soit capable d’évaluer et de réévaluer cet équilibre qui maintient les religions dans le lit de la laïcité et qui permet aux croyants de croire sans que leurs pratiques ne pèsent sur l’organisation de la vie collective. En proposant la fin des menus sans porc et l’interdiction du voile à l’université, Nicolas Sarkozy devient un laïc-ultra, alors que rappelons qu’en 2007, il prônait une laïcité dite « positive », moins punitive pour les religions (c’est vrai qu’à l’époque il pensait surtout à la religion catholique). « Ce dont j'ai le plus peur, c'est de la formation d'une néo-laïcité sur un fondement d'inculture » disait, en 2003, Emile Poulat, sociologue et historien, grand sage respecté de la laïcité. Au drame de l’inculture, ajoutons celui qui en découle toujours : la démagogie.

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