Covid : L’exécutif balloté au gré des aléas de la pandémie.

Rien de pire que de ne pas maitriser la temporalité (en partie au moins) des évènements. Et dans cette pandémie,  la France ne maitrise rien. Elle n’avait pas les masques, pas les tests à temps et elle est totalement dépendante de l’étranger pour les vaccins. Pour les masques et les tests, c’est rentré dans l’ordre… mais, contrairement à une crise sécuritaire (comme le terrorisme) ou financière (comme en 2008), on ne peut pas miser sur la puissance, la ruse et la compétence de l’Etat et de son chef. Aucun service de renseignement ne peut piéger le virus, aucune banque centrale ne peut tarir la pandémie. La stratégie de base est destructrice : l’arrêt du plus d’activités possible. La seule action proactive frontale c’est la vaccination de masse. Encore faut-il avoir les doses ! Dans cette tragique situation d’impuissance, le président, solitaire (par les institutions et par tempérament) voulait rester un tant soit peu le ‘maitre des horloges’.   

C’est son expression !   Oui, un terme qui vient sans doute de sa culture télévisuelle (Fort Boyard) et peut-être de Voltaire… le concept du grand horloger (Dieu, carrément). Dans cette crise de ‘l’impuissantement’ politique, affirmer maitriser au moins une part de la temporalité des évènements, c’est retrouver du poids sur le cours des choses. Choisir ce qui doit faire l’actualité, c’était déjà la stratégie d’occupation médiatique de Nicolas Sarkozy ou la temporisation mitterrandienne ‘laisser du temps au temps’. Emmanuel Macron, lui, semble avoir une obsession : ne pas donner l’impression de subir, de suivre. Quand, par exemple, un ministre, pour des raisons politiques ou judiciaires, doit être remplacé, il fait toujours attendre quelques jours pour ne pas donner l’impression de céder à la pression des opposants ou de la presse. N’arrivant pas à indiquer le nord idéologique du macronisme de façon évidente, il entend au moins donner l’heure. Mais cette obsession joue des tours. Ainsi, quand, il y a un mois, le conseil scientifique avait vu venir l’engorgement des soins intensifs et réclamé un confinement, Emmanuel Macron avait décidé de ne pas confiner. De temporiser et, de ce fait, de surprendre son monde et donc, comme il est convenu de constater, de faire en sorte que le politique reprenne les rênes sur le scientifique qui menait la danse selon sa logique. A ce moment-là, la décision surprise avait plutôt été saluée (personne ne voulait confiner). Et puis, en pays bien politique, on était rassuré de constater que la volonté du chef pouvait prendre le cours des choses à contre-pied. Moralité, nous allons confiner sous la contrainte et en retard ! En plus, le rythme de la vaccination est bouleversé par les difficultés de fabrication et maintenant de sécurité sanitaire. Les horloges s’affolent. Le mieux serait de dépersonnaliser la décision, de la rendre plus délibérative, plus collégiale et ouverte. Ça ne permettrait sans doute pas, en l’occurrence, d’avoir plus de prise sur l’horlogerie des évènements mais chacun serait mieux responsabilisé, donc plus apte à accepter et à bien appliquer les décisions. Il faudrait, pour ça, changer de culture politique et d’institutions. Pour le coup, là, on n’a pas le temps !

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