Les révélations sur le contenu des fameux carnets d'Yves Bertrand, l'ex-patron des RG, montrent qu'il y a, ces dernières années, un retour des méthodes de basses polices. Un retour ou plus simplement une persistance de cette habitude bien française de l'enquête sur les personnalités ou de l'écoute illégale. Le contenu des carnets d'Yves Bertrand est à la fois stupéfiant et pathétique. Il en dit plus sur la personnalité affabulatrice et manipulatrice de ce haut fonctionnaire de la police et sur ceux qui se repaissaient de ses ragots que sur ceux qui en étaient les personnages. On trouve aussi dans le livre de Raphaëlle Bacqué, « L'enfer de Matignon », un témoignage stupéfiant d'Edouard Balladur, premier ministre de 93 à 95, sur la façon dont, à son insu dit-il, Charles Pasqua, son Ministre de l'intérieur, a manipulé tout le monde en montant de toutes pièces l'affaire Schuller-Maréchal. Ce sont de vieilles histoires mais certaines méthodes, semble-t-il, ont toujours court. Deux confrères ont la conviction d'avoir été écoutés, au moins indirectement, dans l'une de leur enquête. Il s'agit de Christophe Jakubyszyn et Muriel Pleynet qui ont écrit "Le Chouchou", un livre sur Xavier Bertrand, le ministre du Travail. Ils racontent comment le chef de cabinet du ministre leur a maladroitement ressorti des éléments précis d'une conversation qu'ils avaient eue quelques temps avant, avec Dominique de Villepin, au téléphone. Cela peut indiquer que l'ancien Premier ministre était sur écoute. Ce qui, à la limite, se conçoit puisqu'il était sous le coup d'un contrôle judiciaire et d'une interdiction d'entrer en contact avec plusieurs personnes, dont Jacques Chirac. Ce qui est plus inquiétant, c'est que le chef de cabinet du ministre du travail puisse être en possession du contenu de ces éventuelles écoutes ! Le pouvoir se livre-t-il à des écoutes illégales ? On ne peut être sûr de rien mais beaucoup de monde, au sein même de la majorité, en est persuadé. Un député UMP a dit, de façon très sérieuse, à un confrère : « Quand Dominique de Villepin est devenu Ministre de l'Intérieur, j'ai arrêté d'avoir des conversations importantes au téléphone ». Récemment, il m'est arrivé plusieurs fois de téléphoner à un conseiller de l'Elysée qui m'a demandé de le rejoindre dans un café car il ne préférait pas parler au téléphone. Plusieurs confrères ont eu la même expérience. Alors ça ne veut pas forcément dire que les conseillers de l'Elysée sont écoutés par leur hiérarchie, mais ça veut dire qu'ils le pensent, ce qui en dit long sur le climat et la pression qui règnent sous l'autorité de Claude Guéant, le secrétaire général de l'Elysée. C'est vrai que le monde politique est un monde de paranoïaques. Mais comme le dit Oscar Wild, « même les paranoïaques ont des ennemis ». Sans parler d'écoutes téléphoniques, il y a, à l'Elysée, un ou deux conseillers chargés de surveiller ce qui se dit en ville sur Nicolas Sarkozy. L'un d'eux s'est beaucoup vanté, par exemple, d'avoir trouvé du travail à une ancienne compagne du Président et fait en sorte qu'elle n'écrive pas de livre sur leur histoire. On est à la limite de ce qu'un conseiller appointé par le contribuable est sensé faire si tant est qu'il y ait des règles. Le pire c'est que l'on est habitué et que ça ne semble plus émouvoir grand monde. Un confrère qui avait constaté que des individus avaient fouillé dans son appartement sans rien lui voler, et qui suspectait un acte d'espionnage, en avait parlé à un conseiller de Matignon et, le plus naturellement du monde, celui-ci lui a affirmé quelques jours plus tard : « je me suis renseigné auprès de quelqu'un de chez nous qui aurait pu ordonner ça, je ne crois pas que ça vienne de Matignon ». Ouf ! On a quand même l'impression qu'en France, tous les ministres de l'intérieur et tous les secrétaires généraux de l'Elysée correspondent à la définition que Talleyrand faisait de Fouché, le ministre de la police de Napoléon : « Monsieur Fouché s'occupe d'abord de ce qui le regarde et ensuite de ce qui ne le regarde pas ».

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